Publié le 2026-01-10 21:47:00. Des avancées récentes dans la recherche sur le VIH ouvrent la voie à une possible « guérison fonctionnelle », permettant à certains patients de contrôler le virus à long terme sans traitement antirétroviral quotidien, selon des essais cliniques prometteurs.
- Des essais cliniques, FRESH et RIO, ont montré que des anticorps génétiquement modifiés peuvent permettre à certains patients de maintenir une charge virale indétectable sans traitement antirétroviral.
- L’essai FRESH, mené en Afrique du Sud, a révélé que six participants sur vingt ont maintenu une suppression virale pendant plus d’un an après une perfusion d’anticorps.
- L’essai RIO, mené au Royaume-Uni et au Danemark, a montré que six participants sur trente-quatre ont maintenu le contrôle viral pendant au moins deux ans.
Quelque 40 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde. Si les progrès thérapeutiques ont transformé l’infection, la rendant moins synonyme de condamnation à mort, il n’existe toujours pas de remède. Les personnes séropositives doivent prendre une association de médicaments antirétroviraux à vie pour contrôler le virus.
Cependant, l’horizon s’éclaircit. En 2025, des résultats encourageants ont été publiés, suggérant qu’une « guérison fonctionnelle » du VIH – c’est-à-dire la capacité de contrôler le virus à long terme sans traitement constant – pourrait être envisageable. Deux essais indépendants, utilisant des perfusions d’anticorps génétiquement modifiés, ont montré que certains participants sont restés en bonne santé sans avoir besoin de médicaments antirétroviraux.
L’essai FRESH, dirigé par le virologue Thumbi Ndung’u de l’Université du KwaZulu-Natal et de l’Institut africain de recherche en santé en Afrique du Sud, a porté sur 20 participants. Quatre d’entre eux ont maintenu des niveaux de VIH indétectables pendant une moyenne d’un an et demi sans prendre d’antirétroviraux. Plus d’informations sur l’essai FRESH.
Parallèlement, l’essai RIO, mené au Royaume-Uni et au Danemark et dirigé par Sarah Fidler, clinicienne et experte en recherche sur le VIH à l’Imperial College de Londres, a inclus 34 participants séropositifs. Six d’entre eux ont maintenu le contrôle viral pendant au moins deux ans. Détails de l’étude RIO.
Ces essais, considérés comme des validations de principe, démontrent qu’il est possible d’exploiter le système immunitaire pour lutter contre le VIH. Les chercheurs s’efforcent désormais de mener des essais plus vastes et plus représentatifs afin de déterminer si les anticorps peuvent être optimisés pour fonctionner chez un plus grand nombre de personnes. L’objectif est de développer des médicaments à action prolongée, dont les effets persisteraient même après l’arrêt du traitement.
Bien que les antirétroviraux permettent aux personnes séropositives de vivre longtemps et en bonne santé, leur espérance de vie reste, en général, plus courte que celle des personnes non infectées. De plus, le traitement peut poser des défis économiques, pratiques et sociaux importants, notamment en raison de la stigmatisation. Effets à long terme des médicaments contre le VIH.
Les scientifiques expliquent que le VIH est un virus particulièrement rusé, capable d’évoluer rapidement et de se cacher dans les cellules à l’état inactif, le rendant invisible pour le système immunitaire. Les tentatives passées de guérison ont été contrecarrées par ces tactiques d’évasion, à l’exception de rares greffes de cellules souches.
La clé réside dans les anticorps largement neutralisants, capables de reconnaître et de cibler un large éventail de souches du virus. Ces anticorps puissants se fixent à des parties essentielles et peu changeantes des protéines du VIH, empêchant ainsi le virus d’infecter les cellules. Ils pourraient également stimuler les cellules immunitaires, notamment les cellules T CD8+, à attaquer les cellules infectées par le VIH, créant ainsi une « mémoire immunitaire » durable.
Ce phénomène est similaire au contrôle immunitaire observé chez un petit groupe de personnes séropositives, appelées « contrôleurs d’élite », qui suppriment le virus sans traitement antirétroviral. Revue annuelle d’immunologie sur les facteurs naturels du VIH.
Les chercheurs soulignent qu’il est plus facile d’obtenir un contrôle durable du virus si le traitement antirétroviral est commencé peu après l’infection, lorsque le système immunitaire est encore intact et que les réservoirs viraux sont limités. Cependant, des stratégies similaires pourraient également être appliquées aux patients atteints d’une infection chronique.
Les essais FRESH et RIO ont également révélé que les anticorps pouvaient affecter le VIH latent caché dans certaines cellules, un réservoir responsable du rebond viral lorsque le traitement est interrompu. En renforçant les cellules immunitaires, les anticorps pourraient aider à identifier et à détruire ces cellules infectées de manière latente.
Dans l’essai FRESH, les scientifiques ont combiné deux anticorps ciblant le clade C du VIH-1, prédominant en Afrique subsaharienne, et ont commencé le traitement des participantes dans les trois jours suivant leur infection. L’essai RIO a utilisé deux anticorps largement efficaces chez des participants majoritairement masculins et blancs, porteurs du clade B du VIH-1, plus courant en Europe.
Les chercheurs prévoient de mener des essais plus vastes, notamment en Afrique du Sud, pour évaluer l’efficacité de ces approches chez un plus grand nombre de personnes. Ils étudient également la possibilité de prolonger la pause dans le traitement antirétroviral avant l’administration d’anticorps afin de renforcer la réponse immunitaire. Informations sur la troisième branche de l’étude RIO.
Pour l’heure, les participants dont la charge virale est supprimée bénéficient, pour la première fois depuis leur diagnostic, d’une vie sans les contraintes du traitement quotidien.
Cet article est paru à l’origine sur Knowable en espagnol, une publication à but non lucratif dédiée à rendre la connaissance scientifique accessible à tous. Abonnez-vous à la newsletter Knowable en espagnol.
