Publié le 2 février 2024. Le cinéaste japonais Masao Adachi, ancien militant révolutionnaire passé par l’exil, revient au cinéma avec Tôsô, une œuvre intimiste explorant la vie d’un terroriste repenti qui a vécu caché pendant des décennies.
- Masao Adachi, 86 ans, a passé près de 30 ans en exil au Liban en raison de son appartenance à l’Armée rouge japonaise dans les années 1970.
- Le film Tôsô s’inspire de l’histoire de Satoshi Kirishima, un terroriste qui a avoué son identité sur son lit de mort en 2024 après avoir vécu incognito pendant près de 50 ans.
- L’œuvre explore les motivations et l’état d’esprit d’un homme qui a choisi l’inactivité et la clandestinité comme forme de résistance.
Après un long exil, le cinéaste Masao Adachi revient sur le devant de la scène avec Tôsô (ou Escape), un film de chambre qui interroge la vie intérieure de Satoshi Kirishima, un homme dont le nom a résonné dans toute la Japon comme celui du fugitif le plus recherché. Kirishima, impliqué dans des attentats terroristes contre des entreprises dans les années 1970, avait réussi à échapper à la police en 1975 et avait passé les décennies suivantes à travailler comme ouvrier du bâtiment sous une fausse identité, se fondant dans la masse tout en restant sous les yeux de tous.
Ce n’est qu’en 2024, alors qu’il était hospitalisé pour un cancer en phase terminale, que Kirishima a révélé sa véritable identité. Rairu Sugita incarne le jeune Satoshi, un radical aux cheveux longs et aux lunettes, dont la photo de police était devenue un symbole national, tandis que Kanji Furutachi interprète le Satoshi plus âgé et usé par le temps. Le film présente de manière stylisée la rencontre fortuite entre les deux versions du personnage, lors d’une promenade solitaire à la campagne, où le jeune Satoshi cède son identité à son homologue plus âgé.
Qu’a bien pu se passer dans l’esprit de Kirishima pendant toutes ces années d’isolement ? Adachi imagine que l’homme a embrassé l’idée de « l’évasion » comme une forme d’ascèse, une vocation zen de l’inactivité. Il ne s’agit pas seulement d’une manière de défier l’autorité en silence ou de protéger ses anciens camarades, mais d’un état existentiel de résistance, qui pourrait même s’élever vers quelque chose de plus profond. Mais quoi exactement ? Le réalisateur semble interroger la pertinence de cette stratégie, se demandant si Kirishima n’aurait pas dû, comme lui-même, fuir le pays et poursuivre la lutte à l’étranger.
Certains critiques ont suggéré que le film pourrait rappeler le cas de Hiroo Onoda, le soldat japonais qui a continué à se battre dans la jungle philippine pendant près de 30 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, refusant de croire que le conflit était terminé. Cependant, l’héroïsme d’Onoda, bien que tragique et comique, est absent dans l’histoire de Kirishima. Sa vie semble plutôt être une adoption accidentelle de la stase, un travail répétitif sur des chantiers de construction. Peut-être que, d’une manière paradoxale, cette existence révolutionnaire passive a transformé l’idée de la culpabilité pour les vies perdues lors des attentats perpétrés par ses camarades.
Tôsô est actuellement présenté à l’ICA, à Londres, à partir du 16 janvier.
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