Publié le 16 octobre 2024 18:45:00. Le festival Dance Umbrella au Royaume-Uni a présenté une rencontre inédite entre la musique sacrée du compositeur italien Carlos Gesualdo et la danse contemporaine du chorégraphe sénégalais-français Amala Dianor, créant un dialogue saisissant entre tradition et modernité.
Une première a eu lieu au Royaume-Uni dans le cadre du festival Dance Umbrella : la pièce Gesualdo Passione, qui met en scène les Tenebrae Responsoria de Carlos Gesualdo, un compositeur italien du début du XVIIe siècle (1611), interprétées par six chanteurs de l’ensemble baroque Les Arts Florissants, et la chorégraphie de quatre danseurs sous la direction d’Amala Dianor.
Ce mariage inattendu entre musique vocale sacrée et danse contemporaine, porté par un chorégraphe aux racines hip-hop, a donné lieu à une performance où consonance et dissonance se répondent. Au début du spectacle, les interprètes évoluent comme un seul corps, chanteurs et danseurs progressant lentement ensemble. Tous sont vêtus de noir, à l’exception de celui qui incarne Jésus, vêtu de blanc par Damiano Bigi.
Les musiciens, agiles et précis, maintiennent un raffinement constant dans leur interprétation, même lorsqu’ils sont amenés à chanter allongés sur le sol. Dianor s’appuie sur des images fortes, telles que le baiser de Judas, la crucifixion, ou encore le corps de Jésus porté par la soprano Miriam Allan, figure de Marie. Certains moments sont particulièrement marquants, comme lorsque les chanteurs entourent le corps immobile de Jésus au moment de son dernier souffle, avant que celui-ci ne disparaisse, laissant planer une atmosphère mystique.
Les danseurs, lorsqu’ils se détachent du groupe, incarnent une présence humaine, lourde et tangible, loin de toute représentation céleste. Leurs mouvements, contrôlés mais urgents, témoignent d’une tension palpable. La danse ne se soumet pas toujours à la musique ; elle suit sa propre logique, non sentimentale et rythmiquement indépendante, notamment lorsque les danseurs commencent à marquer le temps du pied, infusant ainsi la résonance ample de la musique d’un rythme pulsé.
Lorsque les chanteurs se présentent face au public, un soulagement s’installe, permettant de se concentrer sur la musique elle-même, de distinguer les différentes voix et de mieux appréhender les harmonies changeantes. Les éclairages de Xavier Lazarini transforment alors les danseurs en silhouettes, évoquant des ombres chinoises, et projettent des faisceaux de lumière rougeoyants, créant un espace sacré propice à l’écoute de cette musique de la Semaine Sainte. Cependant, la passion, au sens dramatique du terme, semble parfois manquer à la chorégraphie.
