Home MondeSahara occidental : qu’est-ce que cela signifie pour le Conseil de sécurité d’adopter une approche de l’autonomie au Sahara ?

Sahara occidental : qu’est-ce que cela signifie pour le Conseil de sécurité d’adopter une approche de l’autonomie au Sahara ?

by Clara Dubois

Publié le 26 octobre 2023. Le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé une résolution soutenant l’approche marocaine d’autonomie pour le Sahara occidental, ouvrant la voie à de nouvelles négociations tout en maintenant le mandat de la mission de maintien de la paix de l’ONU dans la région.

  • Le Conseil de sécurité a voté en faveur du projet de résolution américain avec 11 voix pour, soutenant l’autonomie du Sahara occidental sous souveraineté marocaine.
  • Le mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) a été renouvelé jusqu’en octobre 2026.
  • Le Front Polisario et l’Algérie rejettent cette proposition, réaffirmant leur attachement au droit à l’autodétermination du peuple sahraoui.

Une résolution historique a été adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU, marquant un tournant potentiel dans le conflit de longue date concernant le statut du Sahara occidental. Cette décision, fruit d’un projet de résolution américain, valide l’approche marocaine visant à accorder une autonomie à la région, tout en maintenant le rôle de la mission de maintien de la paix des Nations unies, la MINURSO.

Le vote, qui a vu l’approbation de plusieurs États membres, reflète un soutien croissant à la proposition d’autonomie présentée par le Maroc, considérée par Rabat comme la solution la plus réaliste à ce différend territorial. Le Maroc contrôle actuellement 80 % du territoire du Sahara occidental.

Cependant, cette résolution ne fait pas l’unanimité. Le Front Polisario, mouvement indépendantiste sahraoui, et son principal allié, l’Algérie, s’opposent fermement à cette approche. Ils continuent de revendiquer le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui par le biais d’un référendum, une exigence qui n’est pas pleinement satisfaite par la résolution du Conseil de sécurité.

Le représentant du Polisario auprès des Nations Unies, Sidi Mohamed Ammar, a exprimé sa désapprobation, déclarant :

« Le Front Polisario est le seul représentant légitime et la seule voix du peuple sahraoui qui, ces jours-ci, est descendu dans les rues du monde entier pour manifester massivement et dire clairement qu’il adhère fermement à son droit non négociable à l’autodétermination et à l’indépendance et à défendre ses droits et sa souveraineté par tous les moyens légitimes. »

Sidi Mohamed Ammar, représentant du Polisario auprès des Nations Unies

La résolution du Conseil de sécurité prolonge le mandat de la MINURSO jusqu’en octobre 2026, ouvrant la voie à de nouvelles négociations entre les parties en conflit. L’accord de cessez-le-feu de 1991, qui avait instauré une période de calme relatif, n’a pas permis jusqu’à présent de parvenir à une solution politique définitive.

Le roi Mohammed VI a salué cette décision, affirmant dans un discours :

« Après cinquante ans de sacrifices, nous entamons ici, avec l’aide et le succès de Dieu, une nouvelle avancée, dans la voie de la consolidation de la marocanité du Sahara et de la fin définitive de ce conflit artificiel, dans le cadre d’une solution consensuelle, sur la base de l’initiative d’autonomie. »

Mohammed VI, roi du Maroc

Il a également appelé le président algérien Abdelmadjid Tebboune à engager un dialogue constructif.

L’initiative d’autonomie marocaine, présentée en 2007, propose d’accorder aux habitants du Sahara occidental des pouvoirs importants pour gérer leurs affaires locales, tout en maintenant la souveraineté du Maroc en matière de défense, de politique étrangère et de monnaie. Le Polisario rejette cette proposition, la considérant comme une tentative de contourner le droit à l’autodétermination.

Ce dossier, qui constitue le conflit le plus long d’Afrique, est d’autant plus complexe que le Sahara occidental est considéré par l’ONU comme un territoire non autonome, en raison de l’absence de règlement définitif depuis la fin de la colonisation espagnole. Plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et l’Espagne, ont manifesté leur soutien à la position marocaine, notamment après la reconnaissance de la souveraineté marocaine par l’administration Trump en juillet 2020.

L’ancien émissaire de Donald Trump, Steve Witkoff, a également évoqué la possibilité d’un accord de paix entre l’Algérie et le Maroc. Rachid Lazraq, directeur du Centre d’études nord-africaines, a déclaré à la BBC :

« Cette reconnaissance par les Nations Unies de la souveraineté du Maroc sur ses provinces du sud et le fait de prendre l’autonomie comme seule base pour négocier son intégrité territoriale est donc un tournant dans l’unité du Maroc. »

Rachid Lazraq, directeur du Centre d’études nord-africain

L’Algérie, pour sa part, a réaffirmé son soutien au droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, soulignant que la résolution du Conseil de sécurité ne reflète pas fidèlement les principes du droit international en matière de décolonisation. Le représentant algérien auprès des Nations Unies, Ammar Benjamea, a déclaré que la décision finale concernant l’avenir du Sahara occidental doit appartenir à son peuple.

Le dossier du Sahara occidental reste donc un enjeu majeur sur la scène internationale, avec des divergences profondes entre les parties prenantes et un avenir incertain. La résolution du Conseil de sécurité ouvre une nouvelle phase de négociations, mais la perspective d’une solution durable reste tributaire de la volonté politique des acteurs concernés.

You may also like

Leave a Comment