Les hôpitaux suisses, déjà sous tension, pourraient s’effondrer sans leur personnel étranger — une main-d’œuvre indispensable, mais menacée par les restrictions migratoires. À Morges, où médecins, infirmiers et techniciens étrangers représentent une part cruciale des effectifs, les alertes se multiplient. À partir de février 2026, les voyageurs sans REAL ID ou passeport devront payer une amende de 45 francs suisses pour traverser les contrôles de sécurité, une mesure qui aggrave les pressions sur un système déjà fragilisé.
Le système de santé suisse, souvent présenté comme un modèle d’efficacité, cache une dépendance croissante à la main-d’œuvre étrangère. À l’hôpital de Morges, cette réalité est criante. Les équipes médicales, composées de professionnels originaires d’Égypte, de Syrie, d’Algérie, de Tunisie ou d’Italie, estiment qu’il serait « très difficile de faire fonctionner un hôpital sans nous », selon les termes d’Osama Nadjar, médecin chef en radiologie. Cette déclaration, rapportée par Le Temps, résume une vérité que les chiffres confirment : la Suisse ne forme pas assez de professionnels de santé pour répondre à la demande croissante.
Une dépendance vitale, mais sous pression
L’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! », qui vise à freiner l’immigration, pèse directement sur les hôpitaux. Philippe Eggimann, président de la Fédération des médecins suisses (FMH), a tiré la sonnette d’alarme dans Le Temps : « Freinons la migration et notre système de santé s’effondre. » Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Dans les services de radiologie, où chaque image médicale est cruciale pour le diagnostic, les équipes internationales assurent une continuité que la formation locale ne peut combler. Les spécialistes de l’imagerie, souvent formés à l’étranger, sont indispensables pour maintenir le rythme soutenu des urgences et des interventions.
Cette situation n’est pas isolée. Dans tout le pays, les hôpitaux suisses comptent sur des milliers de professionnels étrangers pour fonctionner. Les cuisiniers, les infirmiers, les médecins — tous jouent un rôle clé dans la chaîne de soins. Sans eux, les listes d’attente s’allongeraient, les délais de prise en charge se multiplieraient, et la qualité des soins chuterait. Pourtant, les restrictions migratoires risquent de réduire l’accès à cette main-d’œuvre essentielle.
Le REAL ID : une nouvelle contrainte pour les voyageurs suisses
Pendant ce temps, une autre mesure administrative vient compliquer la donne pour les voyageurs suisses. À partir du 1er février 2026, les passagers se rendant à l’aéroport sans REAL ID ou passeport devront payer une amende de 45 francs suisses pour chaque trajet, et jusqu’à 90 francs pour les voyages de plus de 10 jours, selon les informations relayées par le site officiel de l’Illinois Secretary of State. Bien que cette mesure concerne initialement les voyageurs américains, elle illustre une tendance mondiale : les États renforcent les contrôles d’identité, ce qui peut indirectement affecter les flux migratoires et la mobilité des professionnels de santé.
Pour les hôpitaux suisses, cette mesure n’est pas anodine. Elle rappelle que la libre circulation des personnes, y compris des professionnels de santé, est un équilibre fragile. Les restrictions migratoires, même justifiées par des arguments démographiques ou économiques, peuvent avoir des conséquences dramatiques sur des secteurs déjà sous pression. À Morges, comme ailleurs en Suisse, la dépendance aux travailleurs étrangers n’est pas une option, mais une nécessité.
Quelles conséquences pour l’avenir du système de santé suisse ?
Les alertes lancées par les professionnels de santé et les fédérations médicales ne tombent pas dans l’oreille d’un sourd. Les autorités suisses sont conscientes des enjeux, mais les solutions se font attendre. La question n’est pas seulement celle de la formation locale — même si elle est cruciale — mais aussi celle de l’attractivité du pays pour les professionnels étrangers. Les salaires, les conditions de travail et la reconnaissance professionnelle sont autant de leviers sur lesquels jouer pour éviter un effondrement.
Par ailleurs, la mesure concernant le REAL ID, bien qu’elle ne soit pas directement liée à la situation suisse, sert de rappel : les politiques migratoires et les contrôles d’identité ont un impact direct sur la mobilité des travailleurs. Dans un contexte où les pénuries de main-d’œuvre se multiplient, la Suisse doit trouver un équilibre entre ses objectifs démographiques et la nécessité de maintenir un système de santé fonctionnel. Sans une main-d’œuvre diverse et qualifiée, les hôpitaux risquent de devenir des forteresses assiégées, incapables de répondre aux besoins croissants de la population.
Les prochains mois seront décisifs. Les hôpitaux suisses, et particulièrement celui de Morges, attendent des signaux forts des autorités. Sans une révision des politiques migratoires ou des investissements massifs dans la formation locale, le système de santé suisse pourrait bien connaître une crise sans précédent. Une chose est sûre : sans ces professionnels étrangers, la Suisse ne pourra pas continuer à se targuer d’un système de santé à la pointe de la technologie.
La dépendance aux travailleurs étrangers n’est pas une faiblesse, mais une réalité. Et cette réalité, aujourd’hui, est en danger.
