La force aérienne et spatiale russe (VKS) a réceptionné un nouveau lot de chasseurs Sukhoi Su-35S en mai 2026, marquant la deuxième livraison publique de l’année. Ces appareils, produits par United Aircraft Corporation, renforcent une flotte estimée à environ 155 unités, confirmant la priorité stratégique accordée à ce modèle malgré le déploiement parallèle du Su-57.
La montée en puissance de la production chez UAC
L’usine aéronautique de Komsomolsk-sur-Amour, située en Extrême-Orient russe, maintient un rythme de production soutenu pour le Su-35S. Bien que le nombre exact d’appareils livrés lors de ce dernier transfert n’ait pas été divulgué, au moins deux chasseurs ont terminé leurs essais d’acceptation pour entrer en service opérationnel. Cette livraison fait suite à une première remise effectuée en avril 2026.
L’expansion de la flotte est tangible. Les données d’évaluations open source indiquent une croissance rapide du parc opérationnel :
| Période | Nombre d’appareils (est.) | Évolution |
|---|---|---|
| Début 2025 | 135 | – |
| Fin 2025 | 155 | +20 unités |
| Courant 2026 | Plus de 150 (livraisons continues) | Production régulière |
L’industrie suggère que la VKS a reçu entre 17 et 20 appareils au cours de l’année 2025. Cette stratégie de renouvellement massif montre que le Su-35S, classé comme appareil de génération 4++, reste le pilier tactique de la Russie, offrant un équilibre entre coût de production et capacités multirôles.
Un baptême du feu prolongé en Ukraine et en Syrie
Entré en service en 2014, le Su-35S n’est plus un prototype de salon ; c’est l’un des chasseurs les plus activement engagés au combat depuis la fin de la Guerre froide. Son déploiement a débuté dès fin 2015 en Syrie, où il a affronté pour la première fois des forces aériennes occidentales et des coalitions soutenues par l’OTAN, la Turquie et Israël.

Le conflit ukrainien a servi de laboratoire à ciel ouvert pour ses capacités de missions de combat aérien. Les rapports font état de succès notables, notamment l’abattage de plusieurs MiG-29 et Su-27 ukrainiens, ainsi que la destruction d’un F-16 à la mi-mai 2026.
Un chasseur multirôle très maniable et fiable.
Pilote de la VKS, via Vietnam.vn
Sur le terrain, l’appareil est utilisé pour une palette de tâches critiques : interception longue portée, destruction de drones, frappes de précision et reconnaissance profonde en zone ennemie. Sa cellule, largement composée de matériaux composites, a été optimisée pour supprimer l’aérofrein dorsal des versions précédentes, confiant cette fonction aux volets des empennages verticaux.
L’opposition doctrinale face au F-35 américain
La comparaison entre le Su-35S et le F-35 américain révèle deux philosophies de guerre aérienne diamétralement opposées. Là où le F-35 mise sur la furtivité, la cyberdéfense et le combat en réseau, le Su-35S privilégie la puissance brute et la maîtrise du ciel. Selon une analyse publiée par Vietnam.vn, le chasseur russe dispose d’avantages physiques nets : un radar plus puissant, une vitesse supérieure et une autonomie accrue grâce à un réservoir de carburant plus volumineux.


L’écart le plus frappant réside dans la capacité d’emport. Le F-35, pour rester furtif, doit limiter ses missiles air-air à quatre dans sa soute interne (un nombre qui ne passera à six qu’avec la mise à niveau Block 4). À l’inverse, le Su-35S peut transporter jusqu’à 14 missiles sans dégrader significativement ses performances de vol.
Toutefois, cette puissance est contrebalancée par des lacunes technologiques. Le Su-35S manque de capacités furtives avancées et son système avionique est jugé moins moderne. Il utilise notamment un radar à balayage électronique passif, là où les standards de cinquième génération imposent le radar à balayage électronique actif (AESA).
Le tournant technologique du missile R-77M
Pendant des années, le F-35 a maintenu une supériorité grâce au missile AIM-120D. Mais l’équilibre a basculé en 2025 avec l’intégration du missile R-77M sur le Su-35S. Ce nouvel armement change la donne avec une portée estimée à près de 200 km et un autodirecteur radar AESA optimisé pour traquer des cibles furtives ou hautement manœuvrables.
Cette évolution force les États-Unis à réagir via le développement du missile AIM-260. Cependant, le coût prohibitif de cette arme soulève des questions sur la viabilité d’un déploiement à grande échelle en Europe.
L’enjeu pour la Russie est désormais de savoir si le Su-35S peut survivre à un conflit de haute intensité contre l’OTAN. Si sa maniabilité et son armement sont redoutables, sa visibilité radar face à des centaines de F-35 reste son talon d’Achille. Le maintien d’une production régulière en 2026 suggère que Moscou mise sur la quantité et la portée des missiles pour compenser son déficit de furtivité.
