Publié le 10 octobre 2025 à 01h24. Bien que souvent confondue avec la dette publique, la dette sociale représente une part bien plus modeste de l’endettement global de la France. Pourtant, la gestion de cette dette spécifique soulève des inquiétudes quant à sa soutenabilité à long terme.
- La dette de l’État s’élève à 2 760 milliards d’euros, tandis que la dette sociale est inférieure à 300 milliards d’euros.
- Le budget de la Sécurité sociale dépasse celui de l’État (777 milliards d’euros contre 670 milliards d’euros en 2024).
- Des difficultés émergent dans la gestion des déficits de la Sécurité sociale, notamment en raison de la volatilité des marchés financiers à court terme.
Contrairement à une idée reçue, la dette sociale est significativement inférieure à la dette de l’État. En 2024, la dette publique stricto sensu atteint 2 760 milliards d’euros, selon le ministère de l’Économie et des Finances (AFT), tandis que la dette sociale se situe en dessous de 300 milliards d’euros, comme le précise Vie publique. Cette distinction est importante, d’autant plus que le budget de la Sécurité sociale dépasse celui de l’État : 777 milliards d’euros pour la Sécu contre 670 milliards d’euros pour l’État et ses opérateurs en 2024.
La Sécurité sociale a connu un déficit 48 ans après sa création, en 1993, 1994 et 1995, ce qui a conduit au plan Juppé et à la contestation sociale qui s’en est suivie. Depuis, l’institution a su se montrer résiliente, mais les crises économiques, comme celle des subprimes ou plus récemment la pandémie de Covid-19, ont entraîné une forte augmentation de ses déficits. En période de ralentissement économique, les cotisations sociales diminuent tandis que les dépenses liées au chômage et à la maladie augmentent, créant un “effet ciseau” qui met à rude épreuve les finances de la Sécurité sociale.
La gestion de la dette sociale est assurée par l’Acoss, l’agence centrale des organismes de sécurité sociale. Cependant, cette agence, initialement conçue pour gérer des problèmes de trésorerie à court terme, ne peut emprunter que sur des échéances inférieures à deux ans. Or, les marchés financiers à court terme sont moins liquides et plus sensibles aux fluctuations, ce qui expose l’Acoss à un risque de liquidité, comme le souligne la Cour des Comptes dans son rapport sur la Sécurité sociale en 2025.
Une solution pourrait résider dans la CADES (Caisse d’amortissement de la dette sociale), créée en 1996, qui a la capacité d’emprunter à long terme grâce à la CRDS (contribution au remboursement de la dette sociale), prélevée sur tous les revenus (salaires, patrimoine, retraites, allocations chômage). Initialement prévue pour disparaître en 2009, la CADES a vu ses missions prolongées à plusieurs reprises, notamment pour absorber les déficits hérités de la crise des subprimes et, plus récemment, le déficit de 137 milliards d’euros accumulé en 2020, ainsi que les prévisions pour les années 2021, 2022 et 2023.
Depuis 2024, le transfert des déficits à la CADES n’est plus possible, ce qui complique la gestion des déficits actuels de l’Acoss. Une nouvelle loi pourrait être envisagée, mais elle ne résoudrait pas le problème de fond. Selon Benjamin Ferras, auteur d’un ouvrage de la collection “Que sais-je ?” sur la Sécurité sociale :
« Alors même qu’on a une reprise de l’économie et de l’activité post-covid, on continue à faire une dette sur les régimes sociaux. C’est à dire qu’on a un besoin de financement et qu’on ne répond pas à ce besoin de financement. Donc on a en fait créée une sorte d’effet ciseau en dehors de toute crise. Ce qui pose des difficultés assez forte et qui nécessiterait des choix de politiques publiques très forts ».
Des efforts sont donc nécessaires pour rétablir l’équilibre des comptes de la Sécurité sociale et faire du déficit un phénomène exceptionnel, comme ce fut le cas pendant la majeure partie de son existence.
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