Publié le 9 décembre 2025. Seule une minorité de la population irlandaise peut espérer accéder à la propriété ou même à la location d’un appartement neuf en 2025, révèle une nouvelle analyse des coûts de construction et de leur impact sur l’abordabilité du logement.
- Seulement 20 % des salariés les plus aisés peuvent se permettre de louer un appartement récent, tandis que 40 % peuvent envisager l’achat.
- Les prix de vente d’un appartement de deux chambres varient entre 480 000 € en périphérie et 650 000 € en centre-ville, nécessitant un revenu combiné de 108 000 à 146 000 € pour un primo-accédant.
- L’étude souligne que les aides gouvernementales à l’achat ne bénéficient qu’à une partie limitée des nouveaux logements, en raison de leur prix élevé.
L’accessibilité au logement en Irlande atteint un point critique, selon un rapport publié par la Société des géomètres agréés d’Irlande (SCSI). La dernière analyse des coûts de construction, la première depuis 2021, met en évidence un écart significatif entre les prix du marché et le pouvoir d’achat des ménages. Un appartement de deux chambres se vend entre 480 000 € dans les zones périurbaines et 650 000 € en centre-ville. Pour acquérir un tel bien, un couple de primo-accédants devrait disposer d’un revenu cumulé compris entre 108 000 € et 146 000 €, en se basant sur un ratio prêt/revenu de 4:1.
Cette situation exclut de facto une grande partie de la population des programmes d’aide à l’achat et de première acquisition, car plus de 11 000 des appartements étudiés dépassent le seuil de prix de 500 000 € requis pour y être éligible. Selon les chiffres du Central Statistics Office (CSO), seuls les 20 % des salariés les plus riches peuvent prétendre à la location d’un appartement, et seulement 40 % à l’achat. Le programme de location à prix abordable, ciblant les couples gagnant entre 59 000 € et 66 000 € nets, ne représente donc qu’une solution limitée.
Ces difficultés s’inscrivent dans un contexte plus large de précarité économique. Un rapport de l’OSC publié lundi révèle que 14,8 % de la population irlandaise est confrontée à des difficultés pour satisfaire ses besoins fondamentaux en 2025. La “privation” est définie comme l’incapacité de subvenir à au moins deux des onze nécessités de base, telles que le chauffage adéquat, une alimentation équilibrée ou l’acquisition de nouveaux vêtements.
Les chiffres du CSO montrent que les locataires et les personnes logées gratuitement sont particulièrement touchés par la privation, représentant 63,8 % des personnes en situation de précarité en 2025, soit une augmentation de 2,5 % par rapport à l’année précédente.
Le rapport de la SCSI indique que les coûts de développement d’appartements de deux chambres en zone urbaine ont augmenté de 4 à 6 % au cours des cinq dernières années. Cependant, cette augmentation est plus marquée en périphérie, où le coût de construction a grimpé de 32 %, passant de 411 000 € à 541 000 € en moyenne.
Paul Mitchell, expert en évaluation et co-auteur du rapport, explique cette disparité par une évolution des modes de construction.
« Dans notre précédent rapport de 2021, nous n’avions pas d’appartements destinés à la location. Aujourd’hui, la location à prix abordable représente la moitié des appartements inclus dans notre étude. »
Paul Mitchell, expert en évaluation
Il souligne également que les améliorations en matière de conception et de standardisation ont permis de réduire les coûts.
Selon M. Mitchell, on observe une tendance à privilégier les duplex en périphérie pour atteindre les densités requises, tandis que la construction d’appartements en centre-ville se concentre sur des projets plus efficaces et de plus grande envergure. Il note que l’écart de coût entre les appartements les plus et les moins chers s’est réduit, passant de 58 % en 2021 à 21 % dans la dernière étude.
« Concrètement, cela signifie que la variation du coût par mètre carré s’est réduite pour tous les types d’appartements, entre 2 600 et 3 150 euros par m², alors qu’elle était auparavant de 1 850 à 2 850 euros. »
Paul Mitchell, expert en évaluation
Les auteurs du rapport se disent « agréablement surpris » par ces chiffres, compte tenu de l’inflation générale observée en Irlande depuis 2021.
« C’est une nouvelle positive, car si le taux d’augmentation des coûts de construction avait suivi l’inflation, de nombreux projets n’auraient pas été viables aujourd’hui. »
Paul Mitchell, expert en évaluation
Les mesures gouvernementales, telles que la réduction de la TVA sur les nouveaux appartements à 9 % (contre 13,5 % auparavant) dans le cadre du budget 2026, ont contribué à améliorer la viabilité de certains projets. Le rapport recommande par ailleurs à la coalition gouvernementale d’étudier des incitations « temporaires » pour attirer les investissements étrangers dans le secteur locatif privé et ainsi augmenter l’offre.
« Nous avons besoin de logements, mais nous ne pouvons pas tout construire nous-mêmes. La récente réforme des zones de pression locative sera utile, mais il faudra du temps pour que les investisseurs internationaux reviennent. »
Paul Mitchell, expert en évaluation
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