Publié le 29 décembre 2025 18h00. Malgré une stratégie de sécurité nationale américaine affichant un intérêt pour la montée des partis populistes de droite en Europe, le soutien de Donald Trump ne semble pas systématique auprès de leurs électeurs, révèle une enquête récente.
- Une enquête menée auprès de plus de 10 000 personnes en Allemagne, en France, au Royaume-Uni, au Canada et aux États-Unis montre une opinion partagée sur Donald Trump parmi les électeurs de partis populistes de droite.
- Au Royaume-Uni, le soutien à Trump est le plus fort, notamment chez les partisans du parti Reform UK de Nigel Farage. En France et en Allemagne, l’opinion est plus divisée.
- Les électeurs de ces partis partagent un nationalisme commun, privilégiant les dirigeants qui mettent leurs pays en premier, mais ne sont pas toujours favorables aux politiques concrètes menées par l’administration Trump.
L’administration américaine, sous la présidence de Donald Trump, a clairement exprimé son soutien aux mouvements nationalistes en Europe. Un document officiel de sa stratégie de sécurité nationale indique que « l’Amérique encourage ses alliés politiques en Europe à soutenir ce regain d’esprit, et l’influence croissante des partis patriotiques européens est en effet source d’un grand optimisme ». Cette approche s’inscrit dans une volonté de redéfinir les alliances et les priorités de la politique étrangère américaine.
Cependant, une enquête réalisée en décembre dernier par Politico, en collaboration avec la société de conseil britannique Public First, auprès de 10 000 personnes interrogées en Allemagne, en France, au Royaume-Uni, au Canada et aux États-Unis, nuance ce tableau. Les résultats suggèrent que le soutien de Trump est loin d’être unanime au sein des électorats de partis comme l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) et le Rassemblement National (RN) en France.
Au Royaume-Uni, le président américain bénéficie de son plus large soutien parmi les électeurs du parti Reform UK de Nigel Farage. En France, 38 % des électeurs du Rassemblement National affichent une opinion négative à l’égard de Trump, contre 30 % qui ont une opinion positive. Les partisans de l’AfD sont également divisés : 34 % ont une évaluation positive de Trump, tandis que 33 % ont une évaluation négative.
Selon Jules Walkden, directeur de recherche chez Public First, les électeurs de ces partis partagent un « instinct nationaliste commun ». Il explique à Politico : « Les partisans des partis de droite européens veulent clairement que leurs dirigeants donnent la priorité à leur propre pays. Ils peuvent considérer Trump comme un partisan de cette approche. Mais une fois qu’il est élu, les exigences pratiques liées au respect de la promesse du pays d’abord et les limites de cette position font surface. »
En dehors de ces électorats spécifiques, la popularité de Trump reste faible. En France et en Allemagne, deux tiers des personnes interrogées ont une opinion négative du président américain. Au Royaume-Uni, ce chiffre atteint 55 %, et aux États-Unis, 50 %. Le Canada affiche le taux d’opinion négative le plus élevé, avec 72 % des répondants.
Cette impopularité se reflète également chez les figures de proue des partis populistes de droite. Jordan Bardella, président du Rassemblement National, a ainsi déclaré au British Telegraph : « Je suis Français, donc je ne suis pas à l’aise avec la vassalité et je n’ai pas besoin d’un grand frère comme Trump pour décider du sort de mon pays. »
L’enquête révèle également que les électeurs de ces partis sont plus réceptifs à Trump que l’opinion publique générale, mais que cette réceptivité ne se traduit pas toujours par un soutien inconditionnel à ses politiques. Par exemple, si beaucoup reconnaissent que les politiques de Trump ont pu nuire aux pays européens, ils acceptent néanmoins les droits de douane imposés par son administration à l’industrie européenne.
65 % des électeurs de l’AfD considèrent que les droits de douane sont préjudiciables à l’Allemagne, mais seulement 37 % estiment que l’Allemagne devrait imposer des droits de douane en représailles aux États-Unis. En France, 60 % des électeurs du Rassemblement National estiment que les droits de douane imposés par Trump sont mauvais pour l’économie française, et un peu moins de la moitié sont favorables à des mesures de rétorsion.
Miriam Lexmann, eurodéputée, souligne que l’administration Trump a « fondamentalement changé l’ordre commercial mondial ». Elle ajoute : « L’Europe n’a fait que réagir à ces changements et a essayé de défendre un monde qui n’existe plus. Pendant ce temps, l’industrie européenne est écrasée par une combinaison de ses propres réglementations, des tarifs douaniers américains et des pratiques commerciales déloyales de la Chine. C’est pourquoi de plus en plus d’entreprises envisagent de délocaliser une partie de leur production vers des pays tiers. »
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