Le congrès européen d’endocrinologie a officialisé en mai le passage du syndrome ovarien polykystique (SOPK) au syndrome métabolique ovarien polyendocrinien (SMOP). Cette décision, publiée dans la revue The Lancet, vise à mieux traiter cette pathologie hormonale touchant environ 10 % à 13 % des femmes en âge de procréer.
Le changement de nom n’est pas une simple formalité administrative. C’est l’aboutissement d’un processus de recherche de plus de dix ans ayant mobilisé 22 000 personnes sur six continents, selon un document de consensus publié dans The Lancet. L’objectif est clair : sortir la pathologie du seul giron de la gynécologie pour l’aborder comme un trouble métabolique et hormonal global.
L’erreur historique du terme « polykystique »
Pendant des décennies, le diagnostic s’est appuyé sur l’observation microscopique ou échographique des ovaires, où des grappes de petits sacs remplis de liquide étaient visibles. Les médecins les ont alors qualifiés de kystes, imposant le terme "polykystique". Or, la science a rectifié ce tir. Ces structures ne sont pas des kystes, mais des follicules ovariens immatures dont le développement s’est arrêté prématurément.

L’imprécision du nom SOPK a créé un angle mort diagnostic. De nombreuses patientes diagnostiquées ne présentent même pas ces anomalies ovariennes, rendant le terme non seulement inexact, mais potentiellement trompeur pour le corps médical et les patientes. En centrant l’attention sur les ovaires, on a occulté la dimension systémique d’une maladie qui dure toute la vie.
Une approche pluridisciplinaire pour 170 millions de femmes
Le SMOP est aujourd’hui reconnu comme la première cause d’infertilité féminine, touchant près d’une femme sur dix en France et environ 170 millions de femmes dans le monde. Le passage au terme "métabolique" doit agir comme un signal d’alarme pour les médecins généralistes.

L’enjeu est de ne plus se limiter à l’observation des cycles menstruels. Le nouveau cadre clinique incite désormais à surveiller systématiquement :
- Le taux d’insuline et la glycémie.
- La tension artérielle.
- Le bien-être psychologique des patientes.
- Les comorbidités cardiovasculaires.
L’errance diagnostique et le poids de l’hirsutisme
L’impact psychologique du SMOP est souvent exacerbé par l’hirsutisme, cette apparition de poils dans des zones dites masculines (visage, poitrine, dos). Pour beaucoup, c’est un symptôme invisible pour le corps médical mais dévastateur socialement. Laurine, aujourd’hui âgée de 28 ans, a vécu cette réalité durant dix ans, voyant ses symptômes minimisés ou attribués à un manque de volonté.
« Je suis restée longtemps avec mon complexe. Je l’avais mis sous le tapis, car je pensais être la seule touchée par l’hirsutisme, je n’osais pas en parler aux médecins. En tant que femme, on est soumise à plein d’injonctions, comme le fait de ne pas avoir de poils même à des endroits qui sont naturels. Le fait d’en avoir sur le visage, c’était la honte. »

Le témoignage de Laurine, relayé par Pourquoi Docteur, souligne une faille systémique. Malgré des règles irrégulières et un taux d’androgènes élevés, elle a longtemps été ignorée. Elle rapporte avoir eu au moins 16 follicules ovariens dans l’ovaire gauche — là où la norme se situe entre 8 et 12 — sans que le médecin n’en mentionne l’importance dans son dossier.
Cette production excessive d’hormones mâles peut, à un stade ultérieur, évoluer vers le virilisme, caractérisé par des signes de masculinisation plus marqués.
L’alerte sur les risques de cancers gynécologiques
L’analyse du SMOP s’étend désormais à la prévention oncologique. Une étude de cohorte américaine rétrospective menée entre 2000 et 2022 a comparé 422 613 femmes atteintes de SOPK/SMOP à plus de 2,1 millions de femmes sans le syndrome.
Les résultats montrent un risque significativement accru pour plusieurs cancers, particulièrement pour le cancer utérin.
| Type de cancer | Risque (Hazard Ratio ajusté) |
|---|---|
| Cancer utérin | 5,8 |
| Cancer de l’ovaire ou des trompes | 4,4 |
| Cancer du sein | 2,7 |
| Cancer du col de l’utérus | 2,2 |
Toutefois, la recherche reste nuancée. Une autre étude publiée en 2024 sur un large échantillon de femmes américaines a associé le syndrome au risque de cancer de l’endomètre, mais n’a pas établi de lien clair avec les cancers ovariens ou du col de l’utérus. Cette divergence souligne la nécessité de poursuivre les recherches sur les différents phénotypes du SMOP et le rôle protecteur potentiel des modifications du mode de vie.
L’enjeu pour les prochaines années sera l’intégration de ces données dans les recommandations de dépistage. Le passage au SMOP n’est pas qu’une question de sémantique ; c’est un levier pour forcer une vigilance clinique accrue et un accompagnement plus rigoureux des patientes face à ces risques.
Note : Cet article est fourni à titre informatif. Pour tout diagnostic ou traitement, veuillez consulter un professionnel de santé qualifié.
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