La cinquième et dernière saison de Stranger Things peine à retrouver la magie de ses débuts, privilégiant une intrigue complexe à l’évolution de ses personnages et à l’exploration de thèmes plus audacieux. Alors que le groupe tente d’empêcher Vecna de détruire le monde, la série semble se contenter de maintenir un niveau de tension constant, au détriment de la profondeur narrative.
Dans l’avant-dernier épisode, diffusé récemment, la série montre des signes de stagnation. L’effectif, désormais très nombreux, donne parfois l’impression d’une foule indistincte, et les scènes d’action se répètent. Une nouvelle menace, baptisée « matière exotique », nécessite des explications techniques fournies par Dustin (Gaten Matarazzo), l’expert en sciences du groupe. Les personnages eux-mêmes expriment régulièrement leur confusion, un sentiment partagé par de nombreux spectateurs.
Ce constat contraste fortement avec les premières saisons de Stranger Things, qui avaient marqué les esprits en brisant les codes de la télévision. Dès 2016, la série, centrée sur un groupe d’adolescents confrontés à des phénomènes surnaturels dans les années 1980, est devenue l’une des productions originales les plus populaires de Netflix. Chaque saison suivante a exploré de nouveaux thèmes : le gore et la complexité psychologique dans la saison 2, le consumérisme de l’ère Reagan dans la saison 3, et les théories du complot et la manipulation mentale avec le personnage de Vecna (Jamie Campbell Bower) dans la saison 4.
Un épisode particulièrement révélateur de cette évolution se situe dans la saison 3, au centre commercial Starcourt. Eleven (Millie Bobby Brown), l’héroïne aux pouvoirs télékinésiques, est alors submergée par le choix de vêtements proposés par le magasin Gap. Elle demande à son amie Max (Sadie Sink) : « Comment puis-je savoir ce que j’aime ? » Max lui répond : « Tu essaies des choses jusqu’à ce que tu trouves quelque chose qui te ressemble. » Cette conversation, bien que centrée sur la mode, illustre le processus d’apprentissage et de découverte de soi qui caractérisait alors la série.
Aujourd’hui, cette exploration semble moins présente. La saison 5 s’appuie sur des archétypes simplistes et recycle des intrigues déjà vues. L’un des nouveaux personnages, Derek (Jake Connelly), est défini par ses surnoms, « Dipshit Derek » et « Delightful Derek ». Un triangle amoureux éculé refait surface, et l’intrigue principale repose sur la récupération de Holly (Nell Fisher), la sœur de Mike (Finn Wolfhard) et Nancy (Natalia Dyer), un écho de la première saison.
Malgré ces faiblesses, quelques moments de profondeur subsistent. La scène où Will (Noah Schnapp) révèle son homosexualité, bien que tardive, est un exemple de cette tentative de nuance. Il insiste auprès de ses amis sur le fait que sa sexualité n’affecte pas leurs intérêts communs – milkshakes, vidéos, Monty Python et le Saint Graal, Steve Martin. La scène se conclut par une accolade collective, un clin d’œil à la première saison, mais qui apparaît davantage comme un hommage aux fans qu’une émotion sincère.
Stranger Things avait le potentiel de repousser les limites de la narration télévisuelle, mais semble désormais se contenter de maintenir un niveau d’engagement suffisant pour satisfaire son public. La série a indéniablement marqué la culture populaire, générant des produits dérivés, une pièce de théâtre primée et un fandom mondial. Reste à savoir si la finale saura conclure cette saga de manière satisfaisante.
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