La population suisse se prononcera dans les urnes sur le retour du nucléaire après le succès d’un référendum lancé par une coalition d’opposants, qui a récolté plus de 50 000 signatures pour s’opposer au contre-projet parlementaire levant l’interdiction de construire de nouvelles centrales.
Le débat sur l’énergie atomique fait un retour remarqué sur la scène politique suisse, et c’est désormais aux citoyens de trancher.
C’est un signal très fort
, a déclaré Martine Docourt, conseillère nationale et vice-présidente de la Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie, citée par le média romand. Pour les opposants, cette mobilisation démontre que la population souhaite conserver le dernier mot concernant l’orientation énergétique du pays.
Le Conseil fédéral et le parlement face au choix du contre-projet indirect
Cette consultation populaire intervient après les décisions prises par les institutions fédérales plus tôt dans l’année. En juin dernier, le parlement s’était rallié au contre-projet indirect présenté par le Conseil fédéral, ouvrant la voie à la construction potentielle de nouvelles centrales sur le territoire helvétique.
Cette offensive législative trouve son origine en février 2024, lorsque le camp bourgeois a déposé l’initiative populaire intitulée De l’électricité pour tous en tout temps (Stop au blackout)
. Ce texte cherchait à supprimer les dispositions constitutionnelles interdisant la construction de nouvelles installations de production nucléaire, invoquant la nécessité d’encourager toutes les sources d’énergie jugées respectueuses du climat en raison de leurs faibles émissions de CO2.
Néanmoins, ce projet se heurte à un précédent historique récent. Lors d’une votation fédérale organisée en 2017 à la suite de la catastrophe de Fukushima, 58 % des électeurs avaient validé la Stratégie énergétique 2050, actant l’interdiction de bâtir de nouvelles centrales et fixant des limites d’exploitation pour le parc existant.
Les arguments de la coalition référendaire contre la relance atomique
Le comité à l’origine du référendum, baptisé Non aux nouvelles centrales nucléaires
, regroupe les Verts, les socialistes, les Vert’libéraux, une frange du Centre ainsi qu’une trentaine d’organisations environnementales et alternatives. Ses membres réfutent l’argumentaire des partisans de l’atome, estimant que la population ne se laisse pas berner par des promesses qu’ils qualifient de contes de fées.
Les opposants mettent en avant plusieurs griefs fondamentaux contre le développement de l’énergie nucléaire, soulignant son coût élevé et les menaces qu’elle engendre.
- Les installations ne sont pas considérées comme financièrement rentables par les opposants.
- Le secteur présente des risques accrus pour la santé publique ainsi que pour la faune et la flore.
- La dépendance envers des régimes autocratiques pour l’approvisionnement en uranium est pointée du doigt.
- L’absence de solution définitive pour la gestion et le stockage des déchets radioactifs demeure un écueil majeur.
Les centrales nucléaires ne sont pas rentables, présentent un risque élevé pour notre santé, la faune et la flore, et nous rendent encore plus dépendant de régimes autocratiques.
Martine Docourt, vice-présidente de la Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie
Un paysage énergétique suisse marqué par l’hydroélectricité et la transition
Les détails structurels entourant le secteur électrique suisse rappellent la physionomie de la production nationale. Selon les données historiques et sectorielles relayées par le réseau associatif antinucléaire, le mix de production de l’année 2024 reposait à environ 60 % sur l’hydroélectricité, tandis que le nucléaire représentait 28 % de la production totale, le photovoltaïque atteignant 7 %, le reste étant complété par le biogaz, l’éolien et le couplage chaleur-force.

Alors que la consommation globale d’électricité est restée globalement stable sur les quinze dernières années malgré une augmentation de la population — passant de 7 744 000 habitants en 2009 à 9 060 000 habitants en 2024 pour un volume d’environ 57 512 MWh —, la question de la pérennité des réacteurs existants anime les discussions. Les autorités ont prolongé l’exploitation des centrales de Gösgen et Leibstadt jusqu’à 80 ans, tandis que le calendrier de fermeture des autres réacteurs est déjà fixé, à l’instar de Beznau 1 et Beznau 2 prévus pour 2033 et 2032, et du site de Mühleberg entré en phase de démantèlement en 2019.
Les citoyens suisses devront donc se prononcer à nouveau lors d’un scrutin à venir pour décider si le pays renouvelle sa confiance dans l’atome ou s’il confirme sa trajectoire de sortie progressive.