Publié le 30 novembre 2025 à 05h34. Face à la montée des tensions avec Pékin, Taïwan prévoit d’investir 40 milliards de dollars supplémentaires dans sa défense, en particulier dans la mise en place d’un système de protection aérienne multicouche baptisé « T-Dome ».
- Taïwan renforce sa défense aérienne avec un budget supplémentaire de 40 milliards de dollars (environ 37 milliards d’euros).
- Le projet « T-Dome » vise à créer un bouclier protecteur contre les attaques potentielles de la Chine, incluant avions, missiles et drones.
- Le président taïwanais Lai Qing De s’engage à accélérer le développement de ce système pour contrer les menaces croissantes de Pékin.
Dans un contexte de tensions géopolitiques exacerbées, Taïwan s’apprête à déployer des ressources considérables pour renforcer sa capacité de défense. Le gouvernement a annoncé un budget supplémentaire de 40 milliards de dollars destiné à la mise en place d’un système de défense aérienne intégré, surnommé « T-Dome ». Cette initiative intervient alors que la Chine considère Taïwan comme une province renégate et n’exclut pas l’usage de la force pour parvenir à son annexion.
Le président taïwanais, Lai Qing De, a promis d’accélérer la construction du « T-Dome », qu’il décrit comme un « filet de sécurité » pour l’île. Il a souligné la nécessité de faire face à ce qu’il qualifie de menaces croissantes de la part de la Chine, notamment une posture de plus en plus assertive dans la région. Le projet a été officiellement lancé le 10 octobre dernier.
Le « T-Dome » est souvent comparé au système anti-missile israélien Iron Dome, mais présente des différences notables. Selon J. Michael Cole, analyste en sécurité basé à Taipei, le système taïwanais sera conçu pour contrer « un éventail de menaces beaucoup plus large » que son homologue israélien. Il s’agira de se protéger contre les avions de combat, les missiles balistiques de l’Armée populaire de libération (APL), ainsi que les missiles de croisière et, de plus en plus, les drones.
Taïwan dispose déjà de systèmes de défense aérienne, notamment le système Patriot américain et le système Sky Bow de fabrication locale. L’île attend également la livraison d’un système national avancé de missiles sol-air (NASAMS) en provenance des États-Unis. Le « T-Dome » viendra intégrer ces différents systèmes grâce à des radars, des capteurs et d’autres technologies de pointe, permettant, selon le président Lai Qing De, une « détection de haut niveau et une interception efficace ».
Le ministre de la Défense, Wellington Gu, a insisté sur l’importance de l’intégration de ces dispositifs :
« Si ces dispositifs de détection ne sont pas intégrés, ces missiles de défense aérienne, qu’ils soient destinés à résister aux attaques ou aux drones, ne seront pas en mesure d’intercepter ou de coordonner et répartir efficacement les tirs. »
Selon Su Ziyun, expert militaire de l’Institut de recherche sur la défense nationale et la sécurité de Taipei, le « T-Dome » reposera sur deux piliers principaux : un système complet de commandement et de contrôle, capable de collecter des données radar, d’identifier les menaces et de coordonner les unités de réponse en quelques secondes, et une « couche d’intercepteurs », constituée des armes utilisées pour neutraliser les menaces entrantes à différentes altitudes.
L’expérience de l’Ukraine a mis en évidence pour Taïwan l’importance cruciale d’un système de défense aérienne capable de protéger les forces de combat, les infrastructures vitales et les populations civiles. Bien que Taïwan ait modernisé son armée au cours de la dernière décennie et investi massivement dans des armes américaines, l’île pourrait se trouver en position de faiblesse en cas de conflit avec la Chine.
Su Ziyun estime que la capacité de Taïwan à contrer une attaque soudaine de missiles pourrait dissuader Pékin de recourir à la force. Il souligne que les navires de guerre chinois stationnés à proximité de Taïwan sont capables de lancer des centaines de missiles sur les aéroports, les bases radar et les bases militaires de l’île en quelques minutes seulement. À cela s’ajoutent les centaines de missiles déployés sur le territoire chinois.
La réalisation du « T-Dome » dépendra de plusieurs facteurs, notamment la capacité des États-Unis à fournir les armes et les technologies nécessaires. Taïwan attend déjà la livraison d’armes américaines pour plusieurs milliards de dollars. Le ministère taïwanais de la Défense a publié une liste d’équipements envisagés dans le cadre du nouveau budget, incluant des canons de précision, des missiles de frappe de précision à longue portée, des missiles antibalistiques, des missiles antichars et des systèmes sans pilote.
Le Parlement, contrôlé par l’opposition, doit encore approuver ce budget. Le président Lai Qing De a annoncé son intention de procéder à des achats d’armes massifs aux États-Unis. Il a également fixé l’objectif d’atteindre un niveau élevé de préparation au combat d’ici 2027, et de disposer d’une « capacité de dissuasion complète et hautement résiliente » d’ici 2033.
Selon Su Ziyun, il est peu probable que la structure du « T-Dome » soit achevée avant 2027.
« L’intégration des systèmes et la production de nouveaux missiles intercepteurs, missiles, canons anti-aériens et armes à énergie dirigée, tout cela prend du temps. »
Drew Thompson, chercheur principal au S. Rajaratnam International College de Singapour, souligne que l’état de préparation ne se limite pas à la livraison du matériel. Il est essentiel de définir l’efficacité du système, de s’assurer que des réserves suffisantes d’armes sont disponibles et que l’armée est capable d’utiliser efficacement les différents systèmes.

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