Publié le 22 novembre 2024 à 07h06. Google est confronté à une nouvelle étape cruciale dans sa bataille juridique avec les États-Unis, alors qu’un tribunal fédéral doit statuer sur les mesures à prendre pour démanteler ce qui est considéré comme un monopole illégal dans le secteur de la publicité en ligne.
- Un juge américain a déjà reconnu que certaines pratiques de Google en matière de publicité numérique étaient illégales.
- Le ministère américain de la Justice réclame la vente d’une partie des activités publicitaires de Google, estimant qu’une dissolution est la seule solution.
- Google se défend en soulignant la complexité de son système publicitaire et l’impact potentiel sur les consommateurs, tout en invoquant les bouleversements induits par l’intelligence artificielle.
La justice américaine poursuit sa pression sur le géant de la technologie Google, accusé d’abus de position dominante sur le marché de la publicité en ligne. Une audience décisive s’est tenue vendredi 22 novembre devant un tribunal fédéral d’Alexandria, en Virginie, où les avocats de Google et du ministère de la Justice ont plaidé leurs arguments finaux. L’enjeu est de déterminer comment remédier aux pratiques anticoncurrentielles de l’entreprise, jugées illégales par le juge Leonie Brinkema en avril dernier.
Après un long procès l’année précédente, le juge Brinkema avait estimé que des éléments de la technologie publicitaire de Google avaient été manipulés pour maintenir un monopole illégal. Une phase ultérieure du procès, qui s’est déroulée plus tôt cet automne, a été consacrée à l’étude des solutions possibles. Le ministère de la Justice souhaite désormais contraindre Google à céder une partie de ses activités publicitaires, construites sur près de deux décennies d’investissements et d’acquisitions. Selon les procureurs, une dissolution est le seul moyen de contrôler une entreprise qu’ils qualifient de « monopoleur récidiviste » dans leurs documents.
Cette accusation ne se limite pas à la publicité numérique. Les procureurs fédéraux pointent également du doigt le monopole de Google dans le domaine des moteurs de recherche. Ils avaient initialement demandé la dissolution de ce monopole également, mais le juge Amit Mehta avait rejeté une proposition visant à forcer Google à vendre son navigateur Web Chrome. Bien que Google ait échappé à une sanction majeure dans l’affaire du moteur de recherche, cette décision a été perçue comme une simple tape sur les doigts, ce qui a contribué à une forte hausse de la valeur boursière de sa société mère, Alphabet, d’environ 37 % (soit près de 950 milliards de dollars) depuis début septembre.
Malgré ce revers, le ministère de la Justice maintient sa pression et insiste pour démanteler un système de technologie publicitaire qui traite, selon les estimations de Google, 55 millions de requêtes par seconde. Les avocats de Google mettent en garde contre les risques d’un démantèlement, soulignant la complexité du système et son importance pour les consommateurs. Ils affirment que ce système doit absolument continuer à fonctionner pour garantir un service optimal.
Dans leurs arguments, les avocats de Google dénoncent une proposition du ministère de la Justice qu’ils qualifient de « cessions juridiquement sans précédent et sans fondement ». Ils mettent également en avant les bouleversements induits par l’intelligence artificielle comme un facteur à prendre en compte dans la décision du juge. Le juge Mehta avait d’ailleurs reconnu, dans l’affaire du monopole de recherche, que l’IA représentait une concurrence croissante pour Google.
Le ministère de la Justice, quant à lui, insiste pour que le juge se concentre sur les témoignages recueillis lors du procès, qui révèlent, selon lui, l’incapacité de Google à changer ses pratiques anticoncurrentielles. Les témoins ont expliqué comment Google peut manipuler les algorithmes qui sous-tendent ses monopoles de manière difficilement détectable.
Une décision du juge Brinkema n’est pas attendue avant le début de l’année prochaine. Elle déterminera si Google devra céder une partie de ses activités publicitaires, ce qui marquerait un tournant majeur dans la lutte contre les monopoles technologiques aux États-Unis.
