Publié le 25 décembre 2025 à 13h13. Un vol audacieux qui a défié la sécurité britannique et ravivé les tensions nationalistes : le récit de la disparition de la pierre du destin, symbole de l’Écosse, de l’abbaye de Westminster en 1950.
- La pierre du destin, un bloc de grès rouge de 150 kilogrammes, a été dérobée dans la nuit de Noël 1950.
- Quatre étudiants écossais ont revendiqué l’acte, motivés par un fort sentiment nationaliste et le désir de rendre à l’Écosse un symbole de son identité.
- L’affaire a suscité une crise diplomatique et une chasse à l’homme à grande échelle, avant que la pierre ne soit restituée six mois plus tard.
Le matin de Noël 1950, le doyen de l’abbaye de Westminster, Don Alan Campbell, a fait une découverte stupéfiante : la pierre du destin, également connue sous le nom de pierre de Scone, avait disparu. Cet artefact, d’une importance capitale pour l’histoire écossaise, était utilisé lors des couronnements royaux depuis des siècles.
La pierre de Scone, un bloc de grès rouge pesant environ 150 kilogrammes, avait été capturée par le roi Édouard Ier d’Angleterre en 1296, lors des guerres d’indépendance écossaises. Emportée de Scone, en Écosse, elle fut installée à l’abbaye de Westminster, devenant un symbole de la domination anglaise sur l’Écosse. Pour les Écossais, la pierre représentait bien plus qu’un simple objet : elle incarnait leur identité nationale et leur fierté.
« J’irai jusqu’au bout du monde pour la récupérer », a déclaré le doyen Campbell à la BBC, deux jours après le vol, qualifiant l’acte de « crime incompréhensible ». Il a souligné que cette « précieuse relique » était chérie par des millions de personnes à travers le Commonwealth britannique, qui la considéraient comme un symbole de l’héritage écossais du roi.
L’enquête policière a rapidement mis en évidence une piste nationaliste écossaise. Des lettres « JFS » (Justice for Scotland) ont été découvertes gravées sur le trône, renforçant la théorie selon laquelle des militants écossais étaient responsables du vol. Les marques laissées par les cambrioleurs ont été suivies jusqu’aux rives de la Tamise, où elles se sont évanouies, laissant craindre que la pierre ait été jetée à l’eau. Scotland Yard a même fouillé le lac de Hyde Park à deux reprises, en vain. Pour la première fois depuis 400 ans, la frontière entre l’Écosse et l’Angleterre a été fermée, mais il était déjà trop tard.
L’affaire a pris une tournure inattendue en mai 1951, lorsque les quatre auteurs du vol se sont révélés lors d’une émission en direct sur la radio publique. Ian Hamilton, Gavin Vernon, Kay Matheson et Alan Stuart, tous étudiants à l’Université de Glasgow et membres d’une organisation nationaliste dissidente, ont raconté les détails de leur audacieuse opération.
Les quatre jeunes hommes étaient arrivés à Londres le 24 décembre 1950, après un voyage de 18 heures en voiture. Pendant la messe de minuit, trois d’entre eux se sont cachés dans une chapelle de l’abbaye, tandis que Matheson attendait à proximité dans une voiture. L’opération, bien que planifiée, a rencontré un obstacle inattendu : la pierre s’est brisée en deux lors de son extraction, vraisemblablement fragilisée par un attentat à la bombe survenu quelques décennies plus tôt, perpétré par des suffragettes.
Les morceaux de la pierre ont été rapidement transportés en voiture, mais l’équipe a été brièvement inquiétée par un policier. Hamilton et Stuart se sont cachés dans l’abbaye, tandis que Matheson et Vernon ont réussi à convaincre l’agent qu’ils étaient un couple amoureux en panne, évitant ainsi d’être démasqués.
La pierre a ensuite été transportée à Glasgow, où elle a été confiée à Baillie Robert Gray, un tailleur de pierre et membre fondateur du Parti national écossais. Gray a réussi à assembler les deux fragments et, selon certaines sources, aurait inséré un petit morceau de papier à l’intérieur avant de les sceller. Le contenu de ce message reste inconnu à ce jour.
L’affaire a suscité un débat passionné en Écosse. Si l’action était initialement perçue comme un acte de courage nationaliste, l’inquiétude a grandi face aux conséquences potentielles, notamment la remise en question de la légalité du prochain couronnement, en raison de la mort imminente du roi George VI. Les meneurs du groupe ont finalement décidé de rendre la pierre.
La pierre du destin a été déposée dans l’abbaye d’Arbroath le 10 avril 1951, un lieu symbolique où la déclaration d’indépendance écossaise avait été rédigée en 1320. Sa restitution a été discrète, et aucune organisation nationaliste n’a revendiqué l’acte. La pierre a été remise à la police de Glasgow, qui l’a renvoyée à Londres dans la plus grande discrétion.
Le procureur général, Sir Hartley Shawcross, a déclaré devant la Chambre des communes qu’il ne souhaitait pas créer de « martyrs » en poursuivant les auteurs du vol, qualifiant leur acte de « vandalisme vulgaire ». Un député écossais a rétorqué que, en Écosse, l’action était perçue comme une tentative légitime de récupérer un bien national, mais ses paroles n’ont pas rencontré d’écho favorable.
La pierre est retournée à l’abbaye de Westminster, où elle a été utilisée lors du couronnement de la reine Elizabeth II en juin 1953, la première cérémonie de couronnement britannique à être diffusée en direct à la télévision par la BBC. Le doyen Alan Don a exprimé son soulagement : « Je suis désolé qu’elle ait été retirée du trône de couronnement de cette manière, mais je ne suis pas en colère contre ceux qui l’ont prise. Je suis heureux qu’elle ait été restituée volontairement. »
L’histoire de la pierre du destin ne s’arrête pas là. En 1996, le Premier ministre britannique John Major a décidé de la restituer définitivement à l’Écosse, à condition qu’elle soit ramenée à Londres pour chaque couronnement futur. Trois des quatre anciens voleurs ont assisté à la cérémonie de transfert. Alan Stuart a félicité les organisateurs, estimant qu’ils avaient fait un « meilleur travail que nous en 1950 ». Kay Matheson a déclaré : « Tant que c’est en Écosse, je suis heureuse. »
Sources : BBC, Wikipédia, Musée de la police de Glasgow
