La Chambre criminelle de première instance près la Cour d’appel de Casablanca a condamné, le jeudi 25 juin au soir, Saïd Naciri et Abdenbi Bioui à des peines respectives de 10 et 12 ans de prison ferme. Ce verdict intervient après plus de douze heures de délibérations à huis clos dans le cadre de l’affaire dite de « l’Escobar du Sahara », décrite comme l’un des dossiers de criminalité organisée, de trafic international de drogue et de corruption les plus importants jamais jugés au Maroc.
Des condamnations lourdes pour les figures centrales
Le tribunal, présidé par le magistrat Ali Torchi, a frappé fort contre les principaux prévenus. Saïd Naciri, ancien président du Conseil préfectoral de Casablanca et ancien président du Wydad Athletic Club, a été condamné à dix ans de réclusion criminelle. De son côté, Abdenbi Bioui, homme d’affaires et ancien président du Conseil de la région de l’Oriental, a écopé d’une peine de douze ans de prison ferme.
Le procès a impliqué un total de 28 prévenus, incluant des anciens élus, des hommes d’affaires, une notaire et divers intermédiaires. Outre les têtes d’affiche, d’autres membres du réseau ont été condamnés :
- Abderrahim Bioui, Larbi Tteibi et Ismaïl El Maalem : 9 ans de prison ferme.
- Salima Belhachmi (notaire) et Fouad El Yazidi : 6 ans de prison.
- Naoufal Ahmami, Saïd Tandji et Dalila Bezoui (styliste), ainsi que des gendarmes, éléments de sécurité et fonctionnaires territoriaux : entre 4 et 5 ans de prison ferme pour avoir facilité le transit de camions de drogue.
- Fadoua Azirar : 2 ans de prison ferme et une amende de 1 250 000 dirhams pour blanchiment d’argent.
Origines et mécanismes du réseau criminel
L’affaire a débuté fin 2023 suite aux révélations du magazine Jeune Afrique. Haj Ahmed Ben Brahim, trafiquant de drogue malien surnommé « Escobar du Sahara » et détenu à la prison d’Oukacha depuis 2019, a accusé plusieurs personnalités marocaines d’avoir démantelé son empire pour s’accaparer ses propriétés et sa fortune.
Une enquête menée par le Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ) a révélé un système tentaculaire. Les charges retenues comprenaient la constitution de réseau criminel, le trafic international de stupéfiants, le blanchiment d’argent, la spoliation de biens immobiliers, la corruption et la falsification de documents officiels. Le dossier a mis en lumière l’exportation illégale de centaines de tonnes de résine de cannabis.
Un impact financier et civil massif
Le volet financier du jugement s’avère dévastateur. L’État a procédé à la saisie directe d’avoirs, dont 10 millions de dirhams chez Bioui, 8 millions chez son frère et 6 millions chez Naciri. Par ailleurs, les amendes pour infractions au code des changes s’élèvent à plus de 480 millions de dirhams pour Bioui et 177 millions pour Naciri.
Fait notable, la cour a accepté la constitution de partie civile de Haj Ahmed Ben Brahim. En conséquence, Naciri, Bioui et un certain Mir devront lui verser solidairement un million de dirhams à titre de compensation civile.
Prochaines étapes judiciaires
L’annonce du verdict a provoqué une vive émotion et des scènes de détresse parmi les familles des condamnés dans la salle d’audience n°8. Cependant, cette décision de première instance n’est pas définitive. Selon les sources judiciaires, les condamnés et leurs avocats disposent de la possibilité de contester ces peines devant la juridiction d’appel. Les collectifs de défense entendent utiliser cette phase d’appel pour tenter d’infirmer le jugement rendu par la Cour d’appel de Casablanca.
