La Cour d’appel de Casablanca a condamné, le jeudi 25 juin 2026, Abdenbi Bioui à 12 ans et Saïd Naciri à 10 ans de réclusion criminelle. Ce verdict clôt un procès majeur sur le trafic international de stupéfiants, impliquant des figures politiques et économiques marocaines suite aux révélations d’un trafiquant malien.
Les peines prononcées par la Cour d’appel de Casablanca
Le verdict est tombé jeudi soir à 22 heures après plusieurs heures de délibération. Selon Médias24, la chambre criminelle présidée par Ali Torchi a établi une échelle de sanctions sévères pour les principaux protagonistes de l’affaire.

Abdenbi Bioui, ancien président de la région de l’Oriental, a reçu la peine la plus lourde avec 12 ans de réclusion criminelle. Saïd Naciri, ancien président du Wydad Athletic Club, et Belkacem M., ancien député du Parti Authenticité et Modernité (PAM), ont été condamnés à 10 ans de prison ferme.
Le cercle des condamnations s’étend également à la famille Bioui. Abderrahim Bioui a été condamné à 9 ans de réclusion. D’autres accusés, dont le nombre total atteint 28 personnes, ont écopé de peines allant jusqu’à 8 ans de prison.
L’atmosphère dans la salle d’audience était décrite comme particulièrement tendue lors de la lecture du dispositif, marquée par les cris et les pleurs des proches des condamnés.
Détails des chefs d’accusation et réseau criminel
La complexité du dossier repose sur une accumulation de crimes financiers et criminels. D’après Hespress, Saïd Naciri était poursuivi pour faux et usage de faux dans des documents officiels, participation à une entente pour le trafic et l’exportation de stupéfiants, ainsi que pour escroquerie et trafic d’influence en sa qualité de titulaire d’un mandat électif.

Pour Abdenbi Bioui, les charges incluaient également la violation des réglementations sur la circulation des drogues dans la zone douanière et la fabrication de conventions frauduleuses.
Le cas de Belkacem M. ajoute une dimension supplémentaire au réseau. L’ancien parlementaire était visé pour corruption et facilitation habituelle, en bande organisée, de l’entrée et de la sortie de citoyens marocains sur le territoire national, en plus de la dissimulation de biens provenant d’un délit.
Le réseau impliquait une diversité de profils socioprofessionnels :
- Des élus et anciens parlementaires.
- Des hommes d’affaires et dirigeants d’entreprises.
- Une notaire et des fonctionnaires.
- Des agents des forces de sécurité.
- Une styliste et des commerçants.
L’origine du scandale : l’ombre de l’Escobar du Sahara
L’ensemble de l’enquête a été déclenché fin 2023. Comme le rapporte RFI, le dossier a éclaté après les déclarations d’un ressortissant malien, El Hadj Ahmed Ben Ibrahim, surnommé l’Escobar du Sahara.
Ce baron de la drogue avait déjà été condamné au Maroc en 2019 à une peine de dix ans de prison pour trafic international. Ses révélations ont permis aux autorités de remonter la piste des complicités locales, menant aux arrestations de décembre 2023.
Ce procès marque une rupture dans l’histoire judiciaire marocaine. C’est la première fois que des personnalités politiques de premier plan sont condamnées pour leur implication directe dans un réseau de narcotrafic international.
Arguments de la défense et déroulement des audiences
Avant le verdict, les accusés ont tenté de renverser les conclusions de l’enquête. Saïd Naciri a notamment contesté la spoliation d’une villa située dans le quartier California. Selon Le360, il a produit un acte d’achat et des preuves d’abonnements d’eau et d’électricité à son nom pour justifier la propriété du bien.

Abdenbi Bioui a, pour sa part, nié tout lien avec le trafic, affirmant qu’un camion saisi par les autorités ne faisait pas partie de sa flotte logistique.
Le procès a été marqué par des conditions procédurales particulières. Article19.ma souligne que la dernière audience s’est tenue en l’absence des avocats, ces derniers étant engagés dans un mouvement de grève. Sur les 28 prévenus, seuls neuf ont choisi de prendre la parole pour plaider leur innocence avant que le juge Ali Torchi ne mette le dossier en délibéré.
Analyse des enjeux et perspectives
La sévérité des peines — jusqu’à 12 ans de prison — signale une volonté ferme de la justice marocaine de s’attaquer à la corruption au sommet de l’État et des institutions régionales. Le fait que des figures comme l’ancien président d’une région et un ancien député soient condamnés ferme la porte à l’idée d’une immunité tacite pour les élites économiques et politiques.
L’implication d’une notaire et de membres des forces de sécurité démontre la porosité des institutions face aux réseaux de narcotrafic. La condamnation pour faux et usage de faux suggère que le réseau ne s’est pas contenté de transporter de la drogue, mais a activement manipulé l’appareil administratif pour blanchir des fonds ou masquer des acquisitions immobilières.
Les prochaines étapes judiciaires concerneront les réparations civiles. La Cour doit encore préciser les modalités d’indemnisation et les saisies de biens, notamment pour les propriétés immobilières au cœur du litige, comme la villa de California. Le dossier pourrait encore évoluer en cas d’appel, bien que la solidité des preuves fournies par l’Escobar du Sahara ait semble-t-il convaincu la chambre criminelle de Casablanca.
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