L’acquisition envisagée d’un ancien porte-avions italien désarmé (le Giuseppe Garibaldi) pour la marine indonésienne suscite un débat quant aux avantages et aux inconvénients d’une telle opération. Au-delà de la pertinence stratégique de posséder un porte-avions, son exploitation peut s’avérer problématique si elle n’est pas soigneusement étudiée.
Un exemple pertinent à considérer est celui de la marine thaïlandaise avec le HTMS Chakri Naruebet. Plus jeune que le Giuseppe Garibaldi – lancé en 1983 et mis en service par la marine italienne en 1985 – le HTMS Chakri Naruebet est un porte-avions spécifiquement construit pour la Thaïlande. Commandé aux chantiers navals espagnols Bazan (aujourd’hui Navantia) et lancé en 1996, il a été officiellement mis en service le 27 mars 1997.
Bien que plus récent et n’ayant pas connu d’utilisation intensive, le HTMS Chakri Naruebet est souvent considéré comme un échec en termes d’exploitation. Techniquement toujours actif, il ne fonctionne plus comme un véritable porte-avions. Une étude approfondie et des articles consacrés au HTMS Chakri Naruebet révèlent plusieurs raisons à cette situation, le surnommant parfois de “Thaitanic”.
1. Problèmes économiques et budgétaires
C’est le facteur le plus déterminant. La crise financière asiatique de 1997 a entraîné de sévères restrictions budgétaires en Thaïlande. Les coûts d’exploitation d’un porte-avions sont considérables, incluant le carburant, la maintenance et les salaires de l’équipage (environ 450 personnes). Le manque de fonds a conduit à une immobilisation fréquente du HTMS Chakri Naruebet.
En particulier, la consommation de carburant de son moteur à turbine est très élevée. Le navire utilise un système de propulsion CODOG (Diesel ou Gaz Combiné), avec des moteurs diesel pour les faibles et moyennes vitesses (croisière) et des turbines à gaz pour les vitesses élevées, nécessaires au lancement ou à la récupération d’avions. Ces turbines à gaz, bien que puissantes, sont extrêmement gourmandes en carburant et coûteuses.
2. Absence d’aviation embarquée
Un porte-avions est inutile sans son groupe aérien embarqué. Le HTMS Chakri Naruebet était conçu pour opérer des avions de chasse à décollage vertical comme l’AV-8S Matador (une variante du Harrier). Cependant, en raison de contraintes budgétaires et de l’ancienneté de ces appareils, la flotte d’AV-8 a été progressivement retirée du service, avec une retraite complète en 2006. Depuis lors, le HTMS Chakri Naruebet n’a plus d’avions à opérer.
3. Changement de fonction
Incapable de fonctionner comme un porte-avions, son rôle a évolué. Le HTMS Chakri Naruebet est désormais principalement utilisé pour le transport de la famille royale, en particulier comme transport VIP pour le roi de Thaïlande et sa famille.
Il a également été déployé lors de catastrophes naturelles, servant de navire d’aide humanitaire, notamment après le tsunami de l’océan Indien en 2004.
L’échec de la Thaïlande à exploiter son porte-avions n’est pas dû à un défaut de conception du navire, mais à une combinaison de difficultés budgétaires et à l’incapacité de maintenir une force aérienne embarquée. Il est aujourd’hui plus connu comme un navire de croisière royal ou un navire de sauvetage qu’un véritable porte-avions.
Actuellement, le HTMS Chakri Naruebet, d’un poids de 11 486 tonnes, est amarré à la base navale de Sattahip, dans le district de Sattahip, province de Chonburi, en Thaïlande.
