Publié le 23 octobre 2025 à 16h07. Microsoft tente de réinventer l’assistant virtuel, en lançant Mico, un personnage d’intelligence artificielle conçu pour être plus engageant et moins intrusif que son prédécesseur tristement célèbre, Clippy.
- Microsoft a dévoilé Mico, un avatar animé destiné à incarner son assistant virtuel Copilot.
- L’entreprise cherche à trouver un équilibre entre une IA personnalisée et une expérience utilisateur positive, en évitant les écueils rencontrés avec Clippy.
- Cette initiative s’inscrit dans un contexte plus large où les entreprises technologiques explorent différentes manières de donner une personnalité à leurs chatbots.
Le souvenir de Clippy, le trombone animé qui harcelait les utilisateurs de Microsoft Office dans les années 1990, reste vivace. Pourtant, Microsoft semble prêt à retenter l’expérience de l’assistant virtuel personnifié, mais avec une approche plus nuancée. Jeudi, le géant de la technologie a présenté Mico (prononcé MEE’koh), un personnage d’intelligence artificielle prenant la forme d’une goutte ou d’une flamme flottante, qui sera le visage de Copilot, son assistant virtuel.
Cette nouvelle interface conviviale, rappelant un emoji, intervient alors que les développeurs d’IA sont confrontés à un défi majeur : comment présenter des chatbots de plus en plus performants aux consommateurs sans susciter de réactions négatives ou de méfiance. Certaines entreprises optent pour des symboles sans visage, tandis que d’autres, comme xAI d’Elon Musk, misent sur des avatars plus réalistes et séduisants. Microsoft semble vouloir trouver une voie médiane, à la fois accueillante et respectueuse.
« Lorsque vous parlez de quelque chose de triste, vous pouvez voir le visage de Mico changer. Vous pouvez le voir danser et bouger à mesure qu’il s’excite avec vous. »
Jacob Andreou, vice-président des produits et de la croissance pour Microsoft AI
Pour l’instant, aux États-Unis seulement, les utilisateurs de Copilot sur ordinateurs portables et applications mobiles peuvent interagir avec Mico. L’avatar change de couleur, tourne sur lui-même et porte même des lunettes lorsqu’il est en mode « étude ». Il est également facile de le désactiver, une différence notable avec Clippit, le nom original de Clippy, dont la persistance à prodiguer des conseils non sollicités était devenue légendaire.
« Clippy n’était pas adapté aux besoins des utilisateurs à l’époque », explique Bryan Reimer, chercheur scientifique au Massachusetts Institute of Technology. « Microsoft l’a imposé, nous y avons résisté et ils l’ont supprimé. Je pense que nous sommes beaucoup plus préparés à ce genre de choses aujourd’hui. »
Selon Reimer, co-auteur de l’ouvrage « Comment rendre l’IA utile », le degré de personnalité à accorder aux assistants d’IA dépend de leur public cible. Les utilisateurs avertis, notamment les développeurs, pourraient préférer une approche plus utilitaire, tandis que ceux qui sont moins à l’aise avec la technologie pourraient bénéficier d’une interface plus humaine.
Microsoft, qui s’appuie davantage sur la vente d’outils de productivité que sur les revenus publicitaires, semble également soucieux d’éviter les dérives potentielles d’une IA trop engageante, telles que l’isolement social, la désinformation ou, dans certains cas, des problèmes de santé mentale. L’entreprise observe que certaines entreprises s’éloignent de l’idée même d’une incarnation de l’IA, tandis que d’autres explorent des options plus audacieuses, comme les « petites amies » virtuelles.
« Ces deux voies ne nous intéressent pas vraiment. »
Jacob Andreou, vice-président des produits et de la croissance pour Microsoft AI
La conception de Mico vise à être « véritablement utile », sans pour autant chercher à flatter l’utilisateur ou à confirmer ses biais. L’objectif est d’aider les gens à atteindre leurs objectifs, et non de les enfermer dans une boucle de validation artificielle.
Microsoft a également annoncé la possibilité d’intégrer Copilot dans des discussions de groupe, une fonctionnalité qui rappelle les interactions sur les réseaux sociaux comme Snapchat, WhatsApp et Instagram. Cependant, l’entreprise insiste sur le fait que son objectif est de favoriser la collaboration au travail, et non de simplement « troller » ses amis.
L’arrivée de Mico s’inscrit également dans la stratégie de Microsoft de cibler les jeunes utilisateurs, en concurrence avec Google et d’autres entreprises technologiques pour fournir des outils éducatifs innovants. L’entreprise a annoncé l’ajout d’une fonctionnalité permettant de transformer Copilot en un « tuteur socratique à commande vocale », capable de guider les élèves dans leur apprentissage.
Cette initiative intervient alors qu’un nombre croissant d’enfants et d’adolescents utilisent des chatbots IA pour obtenir de l’aide aux devoirs, des conseils personnalisés ou un soutien émotionnel. La Federal Trade Commission a d’ailleurs lancé une enquête sur les risques potentiels liés à l’utilisation de ces outils par les jeunes.
Cette enquête fait suite à des révélations concernant des chatbots qui donnaient des conseils dangereux sur des sujets sensibles tels que les drogues, l’alcool ou les troubles alimentaires. Des poursuites judiciaires ont également été intentées contre Character.AI après le suicide d’un adolescent qui avait développé une relation émotionnelle avec un chatbot, et contre OpenAI, l’entreprise derrière ChatGPT, après qu’un jeune homme ait utilisé l’IA pour planifier son suicide.
Sam Altman, le PDG d’OpenAI, a récemment promis une nouvelle version de ChatGPT qui restaurera une partie de la personnalité des versions précédentes, qu’il avait temporairement supprimée par souci de précaution. Il a également annoncé que ChatGPT permettra à terme aux utilisateurs de s’engager dans des conversations à caractère érotique, une décision qui a suscité de vives réactions.
