Publié le 23 novembre 2025 à 16h30. La prescription d’antidépresseurs, en particulier les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), connaît une augmentation notable chez les jeunes, suscitant des inquiétudes et un débat public sur leur utilisation et leur efficacité.
- Une étude révèle une hausse de près de 64 % des prescriptions d’antidépresseurs chez les jeunes adultes et les adolescents depuis la pandémie de coronavirus.
- Les adolescentes sont particulièrement concernées par cette augmentation, tandis que la prescription diminue chez les garçons.
- Le secrétaire national à la Santé et aux Services sociaux, Robert F. Kennedy Jr., a exprimé des critiques virulentes à l’égard des antidépresseurs, allant jusqu’à les lier à des fusillades de masse, des affirmations largement démenties.
L’utilisation des antidépresseurs a considérablement augmenté ces dernières années, un phénomène qui attire l’attention des autorités sanitaires. Initialement conçus pour traiter les adultes, les ISRS, une classe d’antidépresseurs, sont de plus en plus prescrits aux jeunes générations. Ce changement s’est amorcé il y a trois décennies, avec la publication de l’ouvrage marquant d’Elizabeth Wurtzel, Nation Prozac, qui a contribué à banaliser leur usage.
Les chiffres sont éloquents : une étude récente a mis en évidence une augmentation de près de 64 % des prescriptions d’antidépresseurs pour les jeunes adultes et les adolescents après la pandémie de coronavirus (étude de l’American Psychological Association). Cette tendance est particulièrement marquée chez les adolescentes, tandis que l’on observe une diminution des prescriptions chez les garçons. Cette disparité soulève des questions sur les facteurs spécifiques qui influencent la santé mentale des jeunes filles.
Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette montée en puissance de la prescription d’antidépresseurs. Certains experts estiment que les réseaux sociaux, en sensibilisant davantage à la santé mentale, ont également conduit à une auto-diagnostication parfois erronée. D’autres pointent du doigt l’augmentation des troubles anxieux et dépressifs chez les jeunes, exacerbés par les événements récents tels que la pandémie.
Si les antidépresseurs peuvent être salvateurs pour les personnes qui en ont réellement besoin, ils ne sont pas sans effets secondaires. Ils peuvent entraîner une léthargie, un engourdissement émotionnel et une diminution de la libido. De plus, ils ne sont efficaces que pour environ la moitié des patients qui les prennent (étude de l’université de Birmingham). L’arrêt des antidépresseurs peut également être difficile, avec des symptômes de sevrage tels que des vertiges, des maux de tête, des nausées, de l’insomnie et de l’irritabilité, voire, dans de rares cas, des idées suicidaires (informations de Harvard Health). Une rechute est également fréquente.
Les critiques soulignent le manque de données à long terme sur les effets de ces médicaments sur le développement du cerveau. Robert F. Kennedy Jr., en tant que secrétaire national à la Santé et aux Services sociaux, a été particulièrement virulent, affirmant que les antidépresseurs étaient plus difficiles à arrêter que l’héroïne (article de NPR) et les liant à des fusillades de masse, des allégations démenties par les faits (vérification des faits de FactCheck.org). Il a également mis en doute leur efficacité.
Dans ce contexte, l’animateur Noel King de l’émission Today, Explained a interrogé Sarah Todd, journaliste spécialisée dans la santé à Stat News, sur la politisation croissante de la question des antidépresseurs.
« Je ne me souviens pas de l’introduction du Prozac sur la scène. Mais j’ai l’impression qu’ils ont connu des périodes où ils ont été plus politiques. À l’époque où Elizabeth Wurtzel écrivait Nation Prozac, on craignait qu’ils ne deviennent les opiacés des masses, et les gens allaient simplement s’engourdir. Cela s’est estompé pendant un certain temps, et il semble maintenant être de retour dans les discussions avec la montée du mouvement Make America Healthy Again. »
Sarah Todd, journaliste à Stat News
Sarah Todd a souligné que la question des antidépresseurs est devenue un enjeu politique, notamment avec l’émergence du mouvement Make America Healthy Again (MAHA). Elle a également précisé que les ISRS ne créent pas de dépendance au sens strict du terme, mais peuvent provoquer des symptômes de sevrage désagréables (article de CNN). Environ 15 % des personnes qui arrêtent de prendre des antidépresseurs signalent des symptômes de sevrage (étude publiée dans The Lancet Psychiatry).
Concernant les inquiétudes soulevées par la FDA sur la prise d’ISRS pendant la grossesse, les experts soulignent la complexité de la question. Le Collège américain des obstétriciens et gynécologues estime que les ISRS sont généralement sans danger pendant la grossesse (déclaration de l’ACOG), le risque de dépression non traitée étant plus élevé pour la mère et l’enfant.
En conclusion, la question de la prescription d’antidépresseurs, en particulier chez les jeunes, est complexe et nécessite une approche nuancée. Il est essentiel de prendre en compte les bénéfices potentiels, les effets secondaires possibles et les facteurs individuels de chaque patient. La santé mentale des jeunes est un enjeu majeur, et il est crucial de continuer à investir dans la recherche et à améliorer l’accès aux soins.
