La politique américaine en matière de visas H-1B, destinés aux travailleurs hautement qualifiés, est au cœur d’un débat interne à l’administration Trump, révélant une tension entre les promesses de campagne axées sur l’emploi américain et les réalités économiques du pays.
Le président Donald Trump a récemment défendu le programme H-1B, affirmant qu’il était nécessaire « pour attirer des talents », malgré une proposition antérieure visant à imposer des frais de 100 000 $ (environ 92 000 €) par demande de visa. Cette volte-face a suscité l’indignation au sein de sa base électorale, notamment chez les partisans du mouvement « America First ».
« Trump doit sortir de sa bulle et écouter le peuple américain qui l’a élu pour travailler pour nous », a déclaré en ligne Savanah Hernandez, influenceuse pro-Trump et collaboratrice de Turning Point USA. « Son commentaire sur les H-1B montre à quel point il est déconnecté de sa base. »
Certains experts estiment que le débat dépasse la simple question des visas. Vivek Wadhwa, PDG d’une entreprise de diagnostic médical, souligne que le système est défectueux, mais que restreindre l’accès aux talents étrangers ne ferait qu’affaiblir l’économie américaine. « Je suis venu ici en tant qu’immigrant, en tant que travailleur qualifié », témoigne-t-il. « En 1980, il m’a fallu 18 mois pour obtenir une carte verte. Cinq ans plus tard, j’étais citoyen américain et j’ai contribué au succès de ce pays. »
Wadhwa rappelle que les immigrants ont joué un rôle crucial dans l’innovation américaine, notamment dans la Silicon Valley, où ils ont fondé un quart de toutes les startups entre 1995 et 2005. Cette tendance s’est étendue à l’ensemble du pays au cours de la décennie suivante.
Il met en garde contre les abus du système H-1B, où certains employeurs utilisent les visas pour exploiter une main-d’œuvre bon marché, piégeant les travailleurs dans des emplois sous-payés et les empêchant d’obtenir un statut permanent. « Les opposants aux visas H-1B ont raison de dire que le système fait l’objet d’abus et qu’il a un impact sur les salaires américains », reconnaît-il.
L’annonce de frais de 100 000 $ par demande de visa H-1B est particulièrement préoccupante pour les jeunes entreprises innovantes, qui n’ont pas les ressources financières des géants de la technologie comme Google, Microsoft ou Oracle. « Une startup travaille sur les fonds de roulement. Ce n’est pas un montant qu’elles peuvent se permettre », explique Wadhwa. Il a lui-même été contraint de délocaliser sa société de diagnostic médical en Inde en raison des difficultés à obtenir les compétences nécessaires aux États-Unis.
Wadhwa propose des solutions concrètes, telles que l’accélération du processus d’obtention de la carte verte pour les personnes déjà présentes aux États-Unis et la suppression des obstacles bureaucratiques. Il souligne également la nécessité d’investir dans l’éducation scientifique et mathématique pour former une main-d’œuvre américaine compétitive. « Nous devons sauver l’Amérique d’elle-même », conclut-il, en soulignant l’importance de l’immigration pour maintenir la position de leader des États-Unis dans l’innovation mondiale.
