Publié le 30 novembre 2025 à 17h16. Une étude récente alerte sur la capacité croissante des virus de la grippe aviaire à résister à la fièvre, un mécanisme de défense essentiel chez l’humain, augmentant ainsi le risque de transmission et de complications graves.
- Des chercheurs de Cambridge et de Glasgow ont démontré que certaines souches aviaires conservent leur capacité de réplication même à des températures proches de celles atteintes lors d’une forte fièvre (40-42°C).
- La présence du gène PB1 dans ces virus leur confère une résistance à la chaleur inhabituelle, contrairement aux virus de la grippe humaine.
- L’Europe connaît actuellement une augmentation significative des cas de grippe aviaire, avec plus de 1 443 foyers détectés dans 26 pays entre septembre et mi-novembre 2025.
La menace d’une adaptation du virus aviaire à l’environnement humain est de plus en plus préoccupante. Les virus de la grippe aviaire, en particulier ceux contenant le gène PB1, semblent capables de contourner l’un des principaux systèmes de défense de l’organisme : la fièvre. Une température élevée est normalement un signal d’alarme qui freine la multiplication virale. Or, l’étude publiée dans la revue Science révèle que certaines souches aviaires, habituées à des températures élevées dans l’organisme des oiseaux aquatiques, continuent de se reproduire efficacement même à des températures que le corps humain atteint en cas de fièvre.
Les chercheurs de l’ Université de Cambridge et de l’Université de Glasgow ont constaté que la structure génétique de ces virus leur permet de maintenir une activité virale optimale même lorsque la température corporelle augmente. Contrairement au virus de la grippe humaine A (comme le PR8), qui voit sa capacité de réplication diminuer avec la fièvre, les virus aviaires semblent immunisés contre cet effet protecteur.
Ce phénomène n’est pas nouveau. Des transferts de gènes aviaires, notamment le PB1, vers des virus de la grippe humaine ont déjà eu lieu lors des pandémies de 1957 et 1968, donnant naissance à des souches particulièrement virulentes. L’étude souligne que le risque de voir ce processus se reproduire reste élevé, en particulier avec les souches H5N1, qui ont déjà causé des taux de mortalité humaine supérieurs à 40 % dans le passé.
La situation actuelle en Europe est alarmante. L’ Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a recensé 1 443 cas de grippe aviaire hautement pathogène (IAHP) A(H5) dans 26 pays entre le 6 septembre et le 14 novembre 2025. Ce chiffre représente une multiplication par quatre par rapport à la même période l’année précédente et constitue le nombre le plus élevé enregistré depuis 2016. L’infection touche principalement la sauvagine et les oiseaux sauvages, avec des taux de mortalité élevés, notamment chez les grues cendrées en Allemagne, en France et en Espagne. La souche A(H5N1) est la plus fréquemment identifiée, et sa propagation est facilitée par les oiseaux migrateurs.
Face à cette situation, l’EFSA insiste sur la nécessité de renforcer la surveillance et d’appliquer des mesures de biosécurité strictes, en particulier dans les élevages de volailles. La prévention est essentielle pour éviter la propagation du virus et limiter les risques de transmission à l’homme. Les experts avertissent que le croisement génétique entre virus aviaires et humains pourrait constituer une menace majeure pour une future pandémie, d’où l’importance d’une surveillance continue des souches en circulation.




