L’armée syrienne étend son contrôle sur le nord du pays, notamment dans la région de Raqqa, au détriment des Forces démocratiques syriennes (FDS) à majorité kurde. Cette offensive s’accompagne d’une reconnaissance officielle de la langue kurde par le gouvernement, une mesure jugée insuffisante par les autorités kurdes.
Damas a annoncé dimanche la prise de Tabqa, une ville stratégique de la campagne de Raqqa, ainsi que du barrage de l’Euphrate, le plus grand barrage de Syrie. Selon le ministre de l’Information, Hamza Almustafa, l’armée syrienne contrôle désormais l’ensemble de la zone. Des combattants des FDS ont été aperçus quittant la ville, tandis que les habitants commencent à revenir sous forte présence militaire.
Les affrontements se sont intensifiés après l’arrêt de la mise en œuvre d’un accord de mars visant à intégrer les forces kurdes dans l’armée régulière. La semaine dernière, les troupes gouvernementales avaient déjà chassé les forces kurdes de deux quartiers d’Alep et pris le contrôle d’une zone à l’est de la ville.
Les FDS ont accusé Damas de “violer les accords récents et de trahir leurs forces”, signalant des affrontements au sud de Tabqa. En représailles, elles auraient fait sauter un pont sur l’Euphrate dans la ville de Raqqa et coupé l’approvisionnement en eau de la ville, des accusations rejetées par les autorités kurdes qui imputent ces actes aux FDS.
Par ailleurs, des tirs de roquettes ont été signalés par le gouverneur de Deir Ezzor, Ghassan Alsayed Ahmed, en provenance des positions des FDS sur des quartiers contrôlés par le gouvernement. Les FDS, pour leur part, dénoncent des attaques des “factions affiliées au gouvernement de Damas” dans plusieurs villes situées sur la rive est de l’Euphrate.
L’armée syrienne a également pris le contrôle du champ pétrolier d’Omar, le plus grand du pays, et du champ gazier de Conoco, dans l’est de la Syrie.
Face à cette avancée, les FDS pourraient se tourner vers la guérilla, selon des observateurs. Leur chef, Mazloum Abdi, s’était engagé à redéployer ses forces à l’est de l’Euphrate, mais cet engagement semble désormais compromis.
Vendredi, le président syrien Ahmed al-Sharaa a publié un décret reconnaissant le kurde comme “langue nationale” et accordant la nationalité à tous les Kurdes, dont environ 20 % en avaient été privés lors d’un recensement controversé de 1962. Une mesure saluée comme un “premier pas” par l’administration kurde, mais jugée insuffisante pour répondre aux aspirations du peuple kurde.
« Nous voulons une reconnaissance constitutionnelle des droits du peuple kurde », a déclaré Shebal Ali, 35 ans, habitant de Qamishli, principale ville kurde du nord-est du pays.
Sur un autre front, l’armée américaine a mené de nouvelles frappes en Syrie, tuant un chef affilié à Al-Qaïda impliqué dans l’attaque qui a coûté la vie à deux soldats américains et un interprète civil le mois dernier. Ces frappes s’inscrivent dans le cadre d’une opération plus large visant à contrer la résurgence de l’État islamique après la chute du régime de Bachar al-Assad.
Des appels à la désescalade ont été lancés par plusieurs acteurs internationaux, dont le président français Emmanuel Macron et l’envoyé américain Tom Barrack, qui a rencontré Mazloum Abdi à Erbil, dans le Kurdistan irakien. Le commandement central américain a également exhorté les forces gouvernementales syriennes à cesser toute action offensive dans la région d’Alep-Tabqa.
