Publié le 24 octobre 2024 10h30. Une rue discrète de Bandung, en Indonésie, n’est ouverte à la circulation que tous les 30 ans, ravivant les souvenirs de la Conférence Afro-Asiatique et de l’histoire coloniale de la ville.
- La rue Otista, longue d’environ 25 mètres, est bloquée par une clôture et une voie ferrée la majeure partie du temps.
- Elle n’est exceptionnellement rouverte lors d’événements commémoratifs majeurs liés à la Conférence Afro-Asiatique (KAA), notamment en 1985 et 2015.
- Cette voie, autrefois appelée Residentweg, reliait autrefois le bâtiment Pakuan (actuelle résidence du gouverneur de Java occidental) à d’autres points importants de la ville.
Bandung, surnommée la « Ville Fleurie », recèle des trésors cachés pour les amateurs d’histoire. Parmi eux, une petite rue, Jalan Otista, qui suscite la curiosité des habitants et des visiteurs. Située entre East Station Road et Kebun Jukut Road, cette voie d’à peine 25 mètres de long est fermée à la circulation la majeure partie de l’année, coupée par la voie ferrée et dissimulée derrière de hautes clôtures.
Cette particularité n’est pas le fruit du hasard. La rue n’est exceptionnellement rouverte tous les 30 ans, lors d’événements commémoratifs liés à la Conférence Afro-Asiatique (KAA). Hevi Fauzan, observateur de l’histoire de Bandung, se souvient avec émotion de l’ouverture de la rue en 1985.
« En 1985, elle a été ouverte pour marquer les 30 ans de la Conférence. J’ai revu la même scène en 2015, lors du 60e anniversaire de la KAA. L’ouverture facilitait l’accès des délégations entre le bâtiment KAA et le bâtiment Pakuan, évitant ainsi un détour par le viaduc. La rue ne fait que 20 mètres de long, à peine. »
Hevi Fauzan, observateur de l’histoire de Bandung
Aujourd’hui, Jalan Otista est difficile à repérer. Dissimulée derrière des clôtures et bordée de vendeurs ambulants et de stands de pneus, elle apparaît comme une rue ordinaire pour les passants. Pourtant, cette voie a une histoire riche, remontant à l’époque coloniale.
Autrefois connue sous le nom de Residentweg (Route du Résident), elle reliait directement le bâtiment Pakuan, construit entre 1864 et 1867, à d’autres points importants de la ville. Le bâtiment Pakuan, qui abrite aujourd’hui la résidence officielle du gouverneur de Java occidental, était à l’époque le bureau du résident néerlandais.
La fermeture de la rue s’est accompagnée de la construction d’un pont piétonnier et, plus tard, du viaduc actuel. Hevi Fauzan explique que cette décision a été prise dans les années 1970 pour mieux gérer la circulation, alors que la ville connaissait une forte affluence de véhicules et de trains.
« Maintenant, il faut d’abord emprunter le viaduc. Mon hypothèse est que la fermeture de la route visait à contrôler la circulation. À l’époque, les années 1970, la circulation était très dense. »
Hevi Fauzan, observateur de l’histoire de Bandung
En 1864, Bandung fut désignée capitale de la résidence Priangan par le résident van der Moor. La construction de Residentweg visait à faciliter la coordination avec le Pendopo, le bureau du régent de l’époque. La rue témoigne ainsi d’une époque révolue, où Bandung était un centre administratif important sous domination coloniale.
Un autre fait intéressant : Jalan Kebun Jukut, à proximité, abritait autrefois la maison du peintre belge AAJ Payen, arrivé dans l’archipel en 1817 et professeur du célèbre peintre indonésien Raden Saleh.
