Publié le 20 octobre 2025 03:25:00. Après plus de dix-sept mois de bataille, la tentative de prise de contrôle hostile de Sabadell par BBVA a échoué, entraînant une forte réaction des marchés et ouvrant la voie à de nouvelles spéculations sur l’avenir de la banque catalane.
- L’offre publique d’achat (OPA) hostile de BBVA sur Sabadell a été un échec, avec une hausse de 6 % pour Sabadell et une baisse de 6,8 % pour BBVA en Bourse vendredi.
- Sabadell doit désormais choisir entre poursuivre sa stratégie indépendante et rechercher un partenaire, avec Unicaja comme option potentielle.
- BBVA prévoit de distribuer environ 36 milliards d’euros à ses actionnaires d’ici 2028, notamment via des dividendes et des rachats d’actions.
Le feuilleton judiciaire et financier est clos. L’OPA hostile lancée en mai 2024 par BBVA sur Sabadell a finalement échoué, marquant une victoire inattendue pour la banque catalane. Ce vendredi, les investisseurs ont sanctionné cette issue : l’action Sabadell a bondi de 6 %, tandis que celle de BBVA a reculé de 6,8 %, reflétant un soulagement pour l’une et une déception pour l’autre.
L’avenir de Sabadell reste toutefois incertain. La direction devra désormais clarifier sa stratégie, avec deux options principales sur la table. Soit elle maintient le cap et démontre sa capacité à créer de la valeur de manière autonome, comme elle l’a défendu tout au long de ce processus conflictuel, soit elle se tourne vers un partenaire pour assurer sa pérennité. Le nom d’Unicaja revient régulièrement dans les discussions, après des contacts informels en mai dernier qui n’avaient pas abouti.
Plusieurs analystes estiment que Sabadell dispose d’atouts importants. Nuria Álvarez, de Renta 4, souligne que la direction, composée de Josep Oliu et César González-Bueno, doit désormais prouver qu’elle peut répondre aux attentes, notamment après la vente de TSB – qui représentait environ 17 % du bénéfice net au premier semestre – et la distribution d’un dividende exceptionnel de 2,5 milliards d’euros, attendu en avril prochain. La vente de TSB avait déjà entraîné une hausse du cours de l’action Sabadell en août dernier.
Ignacio Cantos, d’atl Capital, met en avant la position de leader de Sabadell dans le financement des entreprises en Espagne, un segment particulièrement rentable du secteur bancaire. Il explique :
« Sabadell est la grande banque d’entreprise en Espagne, le segment le plus rentable du secteur bancaire, elle a déjà remplacé Popular dans ce rôle. »
Outre Unicaja, d’autres noms circulent comme potentiels partenaires : Abanca, Ibercaja et Kutxa. Les combinaisons possibles sont nombreuses, et les analystes s’attendent à une période de spéculations intenses. L’union avec la banque présidée par José Sevilla, Unicaja, est une option qui revient régulièrement, bien que des obstacles subsistent, notamment la valeur des portefeuilles obligataires d’Unicaja et la présence de la Fondation Unicaja, qui détient 31 % du capital.
En mai dernier, José Sevilla avait pourtant affirmé que sa priorité était de se concentrer sur le plan stratégique d’Unicaja et non sur des fusions. Il avait alors déclaré :
« Nous sommes concentrés sur la suite de notre plan stratégique et non sur des fusions. »
Le contexte économique actuel est favorable au secteur bancaire espagnol. Les taux d’intérêt sont stables autour de 2 %, l’Euribor est légèrement supérieur, les dépôts sont gelés, les prêts non performants (PNP) sont au plus bas depuis 2008 et les revenus de commissions sont en forte hausse (5 %). L’Espagne affiche également une croissance économique de 3,1 %, la plus élevée d’Europe, et une baisse du chômage. Javier Beldarrain, analyste bancaire chez Bestinver Securities, estime que
« Les banques européennes sont à la mode, notamment espagnoles. »
Dans ce contexte, la pression en faveur de fusions est limitée, et les dirigeants bancaires peuvent se permettre de défendre leurs plans d’affaires. Ils restent toutefois ouverts à des opérations, à condition qu’elles soient amiables.
Du côté de BBVA, l’action se négocie en hausse, soulagée par la fin de l’incertitude et la disparition des stratégies spéculatives mises en place par les investisseurs pendant l’OPA. L’action BBVA a consolidé ses plus hauts niveaux depuis fin 2007.
L’échec de l’OPA élimine également les risques liés à la dilution du capital, à la perte de clients de Sabadell et à la nécessité d’une éventuelle augmentation de capital pour financer une nouvelle offre publique d’achat, qui aurait coûté entre 8 et 11,25 milliards d’euros. BBVA prévoit désormais de distribuer environ 3 milliards d’euros à ses actionnaires via des rachats d’actions et un macro-dividende de 0,32 euro par action en novembre. La banque basque prévoit de distribuer un total de 36 milliards d’euros à ses actionnaires d’ici 2028.

