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Investir après la fin de l’OPA : les banques espagnoles brillent en Europe en termes de rentabilité et de rémunération des actionnaires | Marchés financiers

by Amélie Bernard

Publié le 19 octobre 2025 à 03h30. L’échec de la tentative de rachat de Sabadell par BBVA marque un tournant dans le secteur bancaire espagnol, où la rentabilité croissante et la confiance des investisseurs permettent désormais aux établissements plus modestes de résister aux offensives des géants.

  • L’offre publique d’achat de BBVA sur Sabadell a échoué, signe d’une nouvelle dynamique sur le marché.
  • Les banques espagnoles affichent des niveaux de rentabilité attractifs, justifiant leur valorisation supérieure à celle de leurs concurrents européens.
  • Les analystes prévoient une poursuite de la bonne performance du secteur, avec des rendements potentiels élevés pour les actionnaires.

Le paysage bancaire espagnol semble avoir définitivement tourné la page des fusions-acquisitions forcées. L’offre décevante de BBVA sur Sabadell a révélé une capacité inattendue de la banque cible à défendre son indépendance, forte d’une perspective de rentabilité solide et d’une distribution de dividendes prometteuse. Contrairement aux périodes précédentes de turbulences, le marché ne remet plus en question la viabilité des différentes entités.

Les chiffres confirment cette nouvelle donne. Santander a vu sa valeur boursière augmenter de 85,7 % en 2025, frôlant même un doublement. BBVA affiche une progression de 76 %, en partie grâce à la réaction positive du marché suite à l’échec de son offre sur Sabadell. Bankinter et CaixaBank, plus axées sur le marché de détail espagnol, ont également enregistré des hausses significatives de 70,7 % et 65,8 % respectivement. Même Unicaja, souvent influencée par les rumeurs de restructurations, brille avec une augmentation de 81 %.

Les plus fortes hausses du secteur bancaire européen en 2025 (graphique à barres)

Selon José Ramón Iturriaga, directeur d’Abante Asesores,

« L’échec de BBVA avec Sabadell doit être interprété comme un signe sectoriel. Avec un ratio cours/bénéfices de neuf, ils n’ont pas réussi à acquérir une banque dont le marché exigeait davantage. La perception des investisseurs internationaux à l’égard du secteur bancaire espagnol a considérablement changé ces dernières années. »

José Ramón Iturriaga, directeur d’Abante Asesores

La stratégie de Sabadell, qui misait sur l’amélioration de sa rentabilité et la promesse de verser 6,3 milliards d’euros à ses actionnaires entre 2025 et 2027 – soit 40 % de sa capitalisation boursière – a donc été validée.

L’erreur de calcul de BBVA, qui avait laissé ouverte la possibilité d’une seconde offre en numéraire, a également joué un rôle dans cet échec. De nombreux investisseurs institutionnels ont préféré attendre un éventuel meilleur prix, comme le souligne Marisa Mazo, analyste bancaire chez GVC Gaesco :

« Cela ne marchait pas pour moi, il y avait beaucoup de risques d’exécution dans l’offre et c’est ce que les investisseurs institutionnels ont pu constater. »

Marisa Mazo, analyste bancaire chez GVC Gaesco

BBVA entame désormais une nouvelle phase, sans pour autant compromettre ses perspectives boursières. Pour Iturriaga, il s’agira d’une opportunité de réduire l’écart avec Santander, qui a enregistré une progression plus importante cette année. La banque présidée par Ana Botín figure d’ailleurs parmi les valeurs préférées de Goldman Sachs pour l’Europe du Sud, aux côtés de Banco BPM et Unicredit. Goldman Sachs estime que les banques ibériques et italiennes pourraient atteindre un rendement des capitaux propres (ROE) compris entre 15 % et 20 %, grâce à une moindre sensibilité aux taux d’intérêt, à une amélioration des volumes d’affaires, à une gestion rigoureuse des coûts et à une réduction des risques au cours de la dernière décennie.

Sabadell vise un ROTE de 16 % d’ici 2027, à l’instar de Banco Santander, tandis que BBVA table sur environ 22 % en 2028, après avoir réaffirmé son plan stratégique. CaixaBank ambitionne également un ROTE d’au moins 16 % d’ici fin 2027. Selon Goldman Sachs, les banques espagnoles et italiennes présentent un potentiel de surperformance par rapport à leurs homologues européennes, avec des rendements attractifs et des distributions cumulées dépassant en moyenne 20 % de la capitalisation boursière entre 2025 et 2027.

Juan Fernández-Figares, directeur d’analyse chez Link Securities, souligne que

« Les banques espagnoles sont parmi les plus efficaces d’Europe d’un point de vue opérationnel, grâce à l’amélioration de la rentabilité liée à l’augmentation des marges d’intérêt ces dernières années. »

Juan Fernández-Figares, directeur d’analyse chez Link Securities

Elles ont atteint des niveaux d’efficacité supérieurs à ceux des banques allemandes ou italiennes, un héritage du processus de restructuration douloureux consécutif à la crise immobilière de 2012, qui a imposé une réduction drastique des coûts et une recapitalisation déterminée.

Notes

Malgré cette forte hausse boursière, la valorisation reste un sujet de débat. La décote sur la valeur comptable a disparu, et les banques espagnoles se négocient désormais avec une prime jamais vue depuis plus d’une décennie, atteignant environ 100 % dans le cas de Bankinter. Víctor Álvarez, directeur des revenus variables chez Tressis, estime que

« Les valorisations intègrent déjà un scénario très positif, ce qui nous incite davantage à réduire nos positions dans le secteur bancaire espagnol qu’à les augmenter. Nous ne sommes pas de gros investisseurs dans ce secteur. »

Víctor Álvarez, directeur des revenus variables chez Tressis

Il ne partage pas l’optimisme général des analystes, qui anticipent une croissance plus faible dans un contexte de taux d’intérêt stables.

Le ratio cours/bénéfices (PER) est un autre indicateur clé. Les banques espagnoles ne sont pas plus chères que leurs homologues européennes, avec des PER légèrement supérieurs à ceux de Commerzbank (10,5 fois) ou de Deutsche Bank (9,3 fois), selon le consensus FactSet. Marisa Mazo estime que Sabadell présente le plus grand potentiel, avec un PER estimé à neuf fois une fois la vente de sa filiale britannique TSB finalisée début 2026.

Jefferies recommande d’acheter CaixaBank, qu’elle considère comme sa valeur bancaire espagnole préférée, et a relevé son objectif de cours à 10 euros par action. Barclays, quant à elle, privilégie BBVA, dans le cadre de sa vision positive du secteur bancaire espagnol. Cecilia Romero, analyste chez Barclays, explique que

« Les franchises bancaires nationales espagnoles continuent d’afficher d’excellentes performances et devraient maintenir une dynamique solide, soutenue par une croissance plus rapide des prêts et des dépôts que le reste de la zone euro et par des coûts de financement modérés. »

Cecilia Romero, analyste chez Barclays

Si les banques se portent bien, l’Ibex 35 continuera sur sa lancée.

Quant aux fusions, Luigi Motti, analyste des institutions financières à l’agence de notation S&P, estime qu’

« Il est probable qu’il y ait des mouvements de concentration, surtout parmi les entités de taille moyenne. Il ne faut pas oublier qu’en Espagne, il existe un certain écart en termes de positionnement sur le marché entre les plus grandes entités et les autres, ce qui pourrait inciter certaines banques de taille moyenne à envisager une fusion comme solution stratégique. »

Luigi Motti, analyste des institutions financières à l’agence de notation S&P

Marisa Mazo, en revanche, considère que l’échec du rachat de Sabadell prouve qu’il n’y a pas d’urgence à de nouvelles tentatives de concentration.

« Une fusion est toujours un processus très complexe et une entité s’y lance si elle a besoin à tout prix d’améliorer sa rentabilité. Mais désormais, toutes les banques espagnoles affichent des rendements supérieurs au coût du capital. »

Marisa Mazo, analyste bancaire chez GVC Gaesco

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