Publié le 16 octobre 2025 à 12h40. Un ancien mécanicien naval américain défie les lois de la génétique : malgré la présence de mutations prédisposant à la maladie d’Alzheimer et l’accumulation de plaques amyloïdes dans son cerveau, il a conservé une santé cognitive parfaite jusqu’à l’âge de 76 ans, offrant aux scientifiques de nouvelles pistes de recherche.
Un cas exceptionnel intrigue la communauté scientifique. Doug Whitney, 76 ans, a défié une prédiction génétique implacable : le développement de la maladie d’Alzheimer avant l’âge de 50 ans. Porteur d’une mutation spécifique sur le gène PSEN2, il aurait dû succomber à la maladie neurodégénérative, comme le firent onze de ses frères et sœurs.
La famille de M. Whitney est suivie depuis 2011 dans le cadre de l’étude Réseau Alzheimer à dominance héréditaire (DIAN), la plus vaste étude de ce type aux États-Unis, visant à identifier des biomarqueurs prédictifs de la maladie d’Alzheimer chez les porteurs de mutations génétiques. Or, contrairement à ses proches, M. Whitney a atteint son 76e anniversaire sans le moindre signe de déclin cognitif, un phénomène décrit dans la revue Nature Medicine.
L’étude a révélé un paradoxe encore plus frappant : le cerveau de M. Whitney présentait une accumulation significative de plaques bêta-amyloïdes, un marqueur pathologique clé de la maladie d’Alzheimer. Un scanner PET a également mis en évidence une accumulation modérée d’enchevêtrements de protéines tau, mais uniquement dans les neurones du lobe occipital, une zone cérébrale dédiée aux fonctions visuelles et épargnée par la maladie.
Pendant une décennie, une équipe de neurologues de l’Université Washington de Saint-Louis (Missouri), dirigée par le Dr Jorge Llibre-Guerra, a soumis M. Whitney à des tests de mémoire et à des évaluations cognitives régulières. Les résultats ont confirmé une résistance remarquable à la maladie, voire une amélioration de certaines performances au fil du temps.
L’analyse génétique a permis d’identifier neuf variantes génétiques absentes chez les membres de sa famille atteints de démence précoce. Six de ces variantes n’avaient jamais été associées à la maladie d’Alzheimer, mais sont impliquées dans des processus biologiques pertinents, tels que la neuroinflammation et le repliement des protéines. Les chercheurs émettent l’hypothèse que cette combinaison unique de variantes, associée à des facteurs environnementaux – notamment une exposition à des températures élevées en tant que mécanicien de moteurs diesel – et à un mode de vie sain, pourrait expliquer la résistance de M. Whitney.
Le patient présentait également un niveau d’inflammation neuronale plus faible que la plupart des patients atteints d’Alzheimer, suggérant une réponse immunitaire moins agressive à la présence de plaques amyloïdes. Ces observations remettent en question la théorie dominante selon laquelle l’amyloïde serait le principal déclencheur de la maladie d’Alzheimer.
Ce cas s’inscrit dans une série de découvertes récentes. En 2019, des chercheurs américains ont décrit le cas d’une patiente protégée par une mutation du gène APOE3, tandis qu’en 2023, une étude portait sur un patient colombien porteur d’une mutation du gène PSEN1. Dans ce dernier cas, une variante du gène Reln semblait conférer une protection.
« M. Whitney est une véritable ‘licorne scientifique’ », souligne le Dr Llibre-Guerra. Comprendre les mécanismes qui lui ont permis de résister à la maladie d’Alzheimer représente un défi majeur, mais offre un potentiel immense pour le développement de nouvelles stratégies thérapeutiques.
16 octobre 2025 (modifié le 16 octobre 2025 | 12h40)
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