Contrairement aux perceptions largement répandues, le monde est devenu un endroit plus sûr au cours des dernières décennies. Une analyse récente des données internationales révèle une baisse significative des taux d’homicides, contredisant l’idée persistante d’une escalade de la violence à l’échelle mondiale.
Une enquête IPSOS menée en 2023 auprès de personnes dans 30 pays a révélé que 70 % des personnes interrogées pensaient que le monde devenait plus violent et dangereux. Aux États-Unis, cette perception d’une augmentation de la criminalité violente est partagée par la majorité de la population depuis le début des années 1990. Pourtant, les chiffres réels racontent une autre histoire.
Selon des données actualisées de la Banque mondiale, le taux d’homicides à l’échelle internationale est passé d’environ 6,9 décès pour 100 000 habitants en 2000 à environ 5,2 pour 100 000 habitants en 2023. Cela représente une diminution d’environ un quart du risque d’être assassiné. Bien que la population mondiale ait augmenté au cours de cette période, entraînant une augmentation du nombre total de meurtres, la baisse du taux d’homicides a permis d’éviter environ 1,5 million de décès supplémentaires. En d’autres termes, une population équivalente à celle de Philadelphie est en vie aujourd’hui grâce à cette amélioration de la sécurité mondiale.
Ce déclin de la violence n’est pas un phénomène récent. Des recherches menées par des historiens comme Steven Pinker montrent que la violence était beaucoup plus répandue dans le passé, notamment à l’époque médiévale et au début de l’ère moderne. Une étude récente du criminologue Manuel Eisner, basée sur les registres de coroners, a révélé que les taux d’homicides à Londres et à York, au XIVe siècle, se situaient entre 20 et 25 pour 100 000 habitants, et atteignaient également 20 à 25 pour 100 000 à Oxford, célèbre pour son université. Les rixes entre étudiants, souvent exacerbées par l’alcool, étaient apparemment fréquentes.
Aujourd’hui, la situation a radicalement changé. À Londres, le taux d’homicides était inférieur à 1 pour 100 000 habitants au cours des neuf premiers mois de 2023 – le plus bas niveau enregistré depuis le début des relevés mensuels en 2003. À Oxford, on ne dénombre que deux homicides pour l’année se terminant en septembre 2023.
Ce changement profond est attribuable, en grande partie, à la civilisation. Le renforcement de l’État, le monopole de la force, le développement de systèmes judiciaires, la dénormalisation de la cruauté par des mouvements religieux et philosophiques, et l’essor du commerce ont favorisé la coopération et réduit l’attrait de la prédation. La violence est progressivement devenue moins acceptable et les normes sociales ont évolué en conséquence.
Cette tendance à la baisse ne se limite pas à l’Occident. Le Brésil, qui enregistrait plus de 50 000 meurtres par an avec un taux national d’environ 20 pour 100 000 habitants, a vu le nombre d’homicides chuter à environ 44 000 en 2024, atteignant le niveau le plus bas depuis 2012, soit une baisse d’environ 25 % par rapport au pic précédent. Les auteurs d’un rapport du Forum brésilien sur la sécurité publique attribuent cette amélioration à une combinaison de facteurs, notamment une nouvelle politique de sécurité fédérale, des réglementations plus strictes sur la possession d’armes, des trêves entre gangs rivaux et le vieillissement démographique.
Il est important de noter que la violence reste concentrée dans certaines régions du monde. En 2021, les Amériques et l’Afrique affichaient des taux d’homicides d’environ 150 et 127 pour million d’habitants, respectivement, soit des chiffres bien supérieurs à ceux de l’Europe ou de l’Asie de l’Est. Des villes comme Port-au-Prince en Haïti et Colima au Mexique connaissent des taux d’homicides particulièrement élevés, atteignant parfois les trois chiffres pour 100 000 habitants.
Plusieurs facteurs contribuent à cette baisse globale de la violence. L’amélioration des capacités de l’État, notamment des tribunaux fonctionnels, une police moins corrompue et un système juridique prévisible, rend plus difficile le meurtre impuni. Une police ciblée, basée sur les données et concentrée sur les points chauds et les individus les plus violents, s’avère plus efficace que des mesures de répression généralisées. Les politiques relatives aux armes, les conditions économiques et sociales jouent également un rôle important. Des études menées aux États-Unis ont révélé un lien étroit entre les difficultés économiques et les taux de mortalité dus aux homicides, aux suicides et aux overdoses. Enfin, le vieillissement de la population, qui est associé à une diminution de la criminalité violente, est un facteur déterminant.
En conclusion, si le monde n’est pas exempt de violence, les chiffres indiquent une tendance à l’amélioration, contredisant les perceptions pessimistes souvent véhiculées. Reconnaître ces “violations narratives” et construire des récits précis est essentiel pour comprendre les progrès réalisés et continuer à œuvrer pour un avenir plus sûr.
