Publié le 15 janvier 2026 à 06h01. Le nombre de citoyens américains demandant l’asile en Irlande a connu une augmentation spectaculaire l’année dernière, reflétant un malaise croissant aux États-Unis, notamment lié au climat politique. Cette tendance s’accompagne d’une hausse générale de l’immigration américaine vers l’île.
- Le nombre de demandes d’asile déposées par des citoyens américains a été multiplié par plus de quatre en 2025, atteignant 94 contre 22 l’année précédente.
- Près de 9 600 Américains ont immigré en Irlande au cours des 12 mois précédant avril 2025, soit presque le double du chiffre de l’année précédente.
- Un sondage américain révèle qu’un cinquième des Américains envisagent de quitter leur pays, un sentiment particulièrement fort chez les femmes âgées de 15 à 44 ans.
L’Irlande observe une augmentation significative du nombre d’Américains cherchant à s’y installer, que ce soit par le biais de demandes d’asile ou par immigration directe. Selon les chiffres du ministère de la Justice irlandais, 94 citoyens américains ont sollicité l’asile en 2025, contre seulement 22 en 2024. Cette progression s’inscrit dans une tendance haussière amorcée en 2022, avec 13 demandes, puis 18 en 2023.
Le ministère de la Justice n’a pas communiqué de statistiques détaillées sur les taux d’acceptation et de refus des demandes d’asile par nationalité. Parallèlement, les données du Bureau central des statistiques (CSO) révèlent que 9 600 citoyens américains ont immigré en Irlande au cours des 12 mois précédant avril 2025, contre 4 900 sur la période précédente.
Cette augmentation de l’intérêt pour l’Irlande coïncide avec un sentiment croissant de désillusion aux États-Unis. Un sondage réalisé en 2025 par l’institut Gallup indique qu’un cinquième des Américains souhaiteraient quitter leur pays. Ce chiffre grimpe à 40 % chez les femmes âgées de 15 à 44 ans. Les chercheurs soulignent que la politique joue un rôle important dans cette tendance, avec un écart de 25 points entre les personnes approuvant et désapprouvant la direction actuelle du pays en matière de désir d’émigrer.
Kenzie Bray, originaire de l’Iowa, illustre ce phénomène. Après avoir vécu et travaillé comme maquilleuse en Arizona, elle a déménagé à Dún Laoghaire, près de Dublin, en octobre dernier, grâce à un visa distinct du système d’asile. Image de Kenzie Bray à Dún Laoghaire
« Dès que les élections ont eu lieu, j’ai dit que je m’en allais d’ici. »
Kenzie Bray, maquilleuse
Mme Bray explique avoir commencé à envisager un départ après la réélection de Donald Trump. Elle a été attirée par l’Irlande, où elle avait séjourné à plusieurs reprises et où elle s’était sentie « amoureuse » du pays. Le processus d’obtention de son visa et de recherche d’un logement a duré près d’un an, et elle a pu emmener avec elle ses trois chiens et son chat.
Bien que sa famille soutienne M. Trump, Mme Bray estime que ses droits, en tant que femme bisexuelle souffrant de trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), étaient « menacés » par son administration. Elle dénonce également les « troubles civils » aux États-Unis, qu’elle juge « horribles » et qui la rendent « anxieuse et effrayée ».
« Le climat politique là-bas est mauvais, c’est du gazouillis et du déni. »
Kenzie Bray, maquilleuse
Elle se sent désormais « à nouveau saine d’esprit » en Irlande.
Katelyn et Ryan McLoughlin, un couple originaire de Caroline du Nord, ont également choisi de s’installer en Irlande, à Raheny, près de Dublin, en octobre dernier. M. McLoughlin a découvert qu’il pouvait obtenir un passeport irlandais grâce à ses origines familiales (son père est né à Belfast), tandis que Mme McLoughlin a pu bénéficier d’un visa de conjoint.
Ils avaient initialement envisagé l’Irlande comme une option de repli, mais la « situation politique » aux États-Unis au cours de l’année écoulée les a incités à prendre cette décision de manière permanente. Augmentation des demandes d’asile de citoyens américains depuis le second mandat de Trump
« Nous avons franchi ce pas et nous en sommes très heureux. »
Katelyn McLoughlin
Mme McLoughlin, qui travaille dans la recherche clinique, souligne que l’administration Trump a été une « énorme » raison de leur émigration. Elle explique que la Caroline du Nord est un État républicain où la situation politique risque de rester inchangée en raison du découpage électoral.
« C’est tout simplement contraire à ce que nous souhaitons pour notre avenir, pour nos vies. »
Katelyn McLoughlin
Elle s’inquiète également pour ses proches, notamment les personnes transgenres ou immigrées aux États-Unis, qui pourraient se sentir en danger. Ses craintes ont été exacerbées par le récent meurtre de Renee Good, une citoyenne américaine, par des agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) à Minneapolis. Trump justifie le tir mortel sur Renee Good
« J’ai de la famille dans cette région, et c’est quelque chose qui me fait très peur ; l’idée qu’un membre de ma famille puisse être dans la circulation et se retrouver en danger est très, très préoccupante. »
Katelyn McLoughlin
Mme McLoughlin se dit « très chanceuse » d’être en Irlande et ne compte pas retourner aux États-Unis tant que l’administration actuelle sera au pouvoir. « Je boycotte les États-Unis avec le reste du monde », affirme-t-elle.
