Publié le 16 novembre 2023. La Société européenne de cardiologie (ESC) organise à Berlin, les 21 et 22 novembre, un sommet inédit consacré à l’impact de l’intelligence artificielle (IA) et du numérique sur la cardiologie, réunissant experts, industriels et patients pour aborder les défis et les opportunités de cette révolution technologique.
- Le sommet explorera les questions cruciales de fiabilité, de sécurité, de coût et de réglementation de l’IA dans les soins cardiovasculaires.
- Trois tables rondes permettront de débattre de l’intégration de l’IA en clinique, de l’expérience utilisateur et des aspects éthiques et économiques.
- Les participants soulignent la nécessité d’une validation rigoureuse et d’une surveillance continue des outils d’IA avant leur adoption à grande échelle.
L’essor de l’intelligence artificielle suscite un engouement considérable dans le domaine médical, et plus particulièrement en cardiologie. Cependant, la mise en œuvre concrète de ces technologies se heurte encore à de nombreux obstacles. C’est dans ce contexte que la Société européenne de cardiologie (ESC) organise son premier sommet dédié au numérique et à l’IA, à Berlin, les 21 et 22 novembre. L’événement vise à rassembler les acteurs clés – cardiologues, ingénieurs, représentants de l’industrie et patients – pour faire le point sur les avancées récentes et identifier les conditions d’une intégration réussie de l’IA dans la pratique clinique.
Le programme du sommet comprendra 61 sessions, dont trois tables rondes thématiques. Ces discussions permettront d’aborder des questions essentielles telles que la fiabilité des algorithmes, l’expérience utilisateur et les enjeux réglementaires, économiques et éthiques. L’objectif est de favoriser les échanges, de créer des synergies et d’informer les décideurs politiques et le grand public sur les potentialités et les limites de l’IA en cardiologie.
Selon le professeur agrégé Nico Bruining, co-président du sommet et membre du centre médical de l’université Erasmus de Rotterdam, aux Pays-Bas, « la mise en œuvre clinique de l’IA en est encore à ses débuts. Environ 90 % des développements actuels se limitent à des études de validation de principe et des validations précoces. » Il souligne la nécessité d’une validation rigoureuse, d’une approbation réglementaire et d’un financement adéquat avant de pouvoir déployer massivement ces outils en clinique. Il insiste également sur l’importance de la surveillance post-commercialisation, des garanties éthiques, de l’acceptation des patients et de la formation des professionnels de santé.
Lors de la première table ronde, consacrée à la fiabilité de l’IA, le professeur Frank Rademakers, de la KU Leuven (Belgique), plaidera pour un traitement équivalent des outils d’IA et des autres agents diagnostiques et thérapeutiques. Il estime qu’il est essentiel de mettre l’accent sur l’évaluation continue de ces outils après leur mise sur le marché, dans des conditions d’utilisation réelles.
« Les outils d’IA ne doivent pas être traités différemment des autres agents diagnostiques et thérapeutiques que nous utilisons en médecine. Ils apprennent et s’améliorent au fil de l’utilisation ; l’accent devrait donc être mis davantage sur l’évaluation continue après commercialisation de chaque outil d’IA lors de son utilisation réelle dans des environnements spécifiques. »
Frank Rademakers, professeur émérite de médecine, KU Leuven
Inga Drossart, du ESC Patient Forum, apportera le point de vue des patients. Elle soulignera l’importance de considérer l’IA comme un outil d’aide à la décision, et non comme un substitut aux soins humains et à la relation médecin-patient. Elle insistera sur la nécessité d’impliquer les patients dans la conception et l’amélioration de ces outils, afin de garantir qu’ils répondent à leurs besoins et à leurs attentes.
La table ronde sur l’expérience utilisateur mettra en avant les travaux du docteur David Duncker, du Hannover Heart Rhythm Center (Allemagne). Il soulignera l’importance de la confiance des cliniciens dans l’IA pour son adoption réussie. Il préconise une formation continue pour expliquer les technologies de l’IA et clarifier leurs capacités et leurs limites. Il mentionne l’analyse Holter ECG par l’IA, déjà utilisée en pratique clinique, mais souligne que la prédiction de la fibrillation auriculaire à partir d’ECG en rythme sinusal n’est pas encore suffisamment fiable pour être utilisée dans la prise de décision clinique.
Enfin, la dernière table ronde abordera les questions réglementaires, économiques et politiques. Le professeur Alan Fraser, de l’hôpital universitaire du Pays de Galles (Cardiff, Royaume-Uni), mettra en garde contre une approche trop générale de l’IA. Il préconise une évaluation au cas par cas de chaque application, en tenant compte de ses spécificités et de ses risques potentiels. Il plaide pour une réglementation proportionnée et basée sur les risques, assortie de normes détaillées et d’une transparence totale des performances de chaque outil.
« Se référer sans réserve au potentiel de « l’intelligence artificielle » en général n’est pas constructif ; nous devrions considérer chaque application plus précisément. »
Alan Fraser, professeur, hôpital universitaire du Pays de Galles
« L’IA s’est déjà révélée très prometteuse en cardiologie, mais la confiance, la convivialité, le coût, la sécurité et la réglementation sont essentiels pour l’intégrer dans la pratique clinique. Les tables rondes du ESC Digital & AI Summit exploreront ces questions critiques avec les idées d’un large éventail d’experts. Nous espérons vous y voir ! » conclut le professeur Bruining.
