Publié le 24 septembre 2025 10h30. Une alliance improbable se dessine aux États-Unis : des figures de droite et de gauche convergent sur des propositions économiques interventionnistes, notamment le contrôle des prix, malgré des décennies d’opposition idéologique.
- Le président Donald Trump et le maire de New York, Zohran Mamdani, ont affiché une étonnante entente lors d’une rencontre à la Maison Blanche, après des mois d’attaques verbales mutuelles.
- Cette convergence sur le contrôle des prix se manifeste notamment dans un projet de loi bipartite visant à plafonner les taux d’intérêt des cartes de crédit à 10 %.
- Les experts économiques mettent en garde contre les conséquences négatives de ces mesures, prévoyant une réduction de l’accès au crédit pour les populations les plus vulnérables.
La scène, surréaliste pour certains, illustre un changement de paradigme dans le débat économique américain. Donald Trump, magnat de l’immobilier et figure emblématique de la droite conservatrice, a chaleureusement accueilli Zohran Mamdani, maire socialiste démocrate de New York, au Bureau ovale. Pendant des mois, les deux hommes s’étaient livrés à une guerre de mots acerbe : Mamdani qualifiait Trump de « fasciste » et de « despote », tandis que Trump dénonçait Mamdani comme un « communiste » et un « extrémiste de gauche ». Pourtant, au moment de la rencontre, les invectives ont été mises de côté, laissant place à des déclarations de courtoisie et de respect mutuel. Trump a même suggéré que Mamdani pourrait « surprendre certains conservateurs ».
Cette entente surprenante n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une tendance plus large à la convergence de la droite et de la gauche sur les questions économiques. Les deux camps, bien que motivés par des idéologies différentes, partagent une méfiance croissante envers les marchés et une volonté d’intervenir dans l’économie pour protéger les consommateurs. L’un prône les prix planchers, l’autre le contrôle des loyers, mais tous deux mènent, selon Ryan Bourne du Cato Institute, une « guerre contre les prix ».
Un exemple concret de cette alliance improbable est le projet de loi présenté par les sénateurs Josh Hawley (Républicain du Missouri) et Bernie Sanders (Indépendant du Vermont). Leur Loi sur le plafonnement des taux d’intérêt des cartes de crédit à 10 % – une idée reprise par Trump lors de sa campagne de 2024 – vise à limiter les frais d’intérêt facturés par les émetteurs de cartes de crédit. L’argumentaire, apparemment compassionnel, est simple : qui voudrait payer 25 % d’intérêt ?
Cependant, les économistes avertissent que les contrôles de prix, sous toutes leurs formes, ont des conséquences désastreuses. Les taux d’intérêt élevés des cartes de crédit reflètent le risque élevé associé aux prêts à la consommation non garantis. Si le gouvernement impose un plafond artificiel bien en dessous du taux du marché, les banques cesseront de prêter aux emprunteurs les plus risqués, pénalisant ainsi les personnes qui ont le plus besoin de crédit. Il ne s’agit pas seulement des consommateurs imprudents, mais aussi des parents isolés qui utilisent leur carte de crédit comme dernier recours avant de recevoir leur salaire.
Comme le contrôle des loyers peut entraîner une pénurie de logements en décourageant l’investissement, le plafonnement des taux d’intérêt pourrait provoquer une pénurie de crédit. Cela exposerait des millions d’Américains – ceux que ces propositions sont censées protéger – au risque d’être exclus du système financier. Privés de leur carte de crédit, ils pourraient se tourner vers des prêteurs sur salaire, des usuriers et des prêteurs sur gages, dont les frais sont bien plus élevés.
Le problème ne s’arrête pas là. Un plafond aussi bas ne ferait pas que réduire la disponibilité du crédit, il la renverserait complètement. À 10 %, les banques ne prêteraient qu’aux emprunteurs les plus sûrs et aux revenus les plus élevés, transformant les cartes de crédit en un produit de luxe réservé aux riches. Les autres seraient relégués dans l’économie informelle.
De plus, des millions de petites entreprises dépendent des cartes de crédit pour financer leurs opérations. Selon une enquête de la Réserve fédérale, la moitié des entreprises employeuses utilisent des cartes de crédit comme lignes de crédit non garanties. Un plafond de 10 % les forcerait à se tourner vers des alternatives plus coûteuses et plus risquées.
Enfin, les programmes de récompenses, tels que les miles aériens ou les remises en argent, sont financés par les frais d’intérêt. Un plafond de 10 % les rendrait insoutenables. Les prêteurs, incapables de tenir compte du risque dans les taux d’intérêt, répercuteraient les coûts sur des frais plus élevés, des délais de grâce plus courts et des frais cachés. Les consommateurs ne paieraient pas nécessairement moins, mais ils paieraient de manière moins transparente.
Il est également important de noter que les cartes de crédit sont un outil essentiel pour la construction d’un historique de crédit pour des dizaines de millions d’Américains. Un plafond pourrait détruire cette voie d’accès au système financier traditionnel.
L’alliance entre socialistes démocrates et populistes nationalistes n’est pas un signe de réconciliation politique, mais plutôt une indication que les acteurs politiques ont perdu de vue les principes économiques fondamentaux. Ils semblent croire que les marchés peuvent être intimidés, que le risque peut être éliminé et que les prix peuvent être fixés arbitrairement. Mais, comme l’histoire l’a montré à maintes reprises, la pensée magique conduit inévitablement à des pénuries dans le monde réel.
Si ce consensus bipartite se confirme, la chose la plus importante à préserver sera le bon sens.
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