Publié le 2026-01-02 19:00:00. Des chercheurs ont mis au point un procédé innovant pour remplacer les composants chimiques issus du pétrole dans la fabrication du papier thermique, réduisant ainsi sa toxicité et ouvrant la voie à une chimie plus durable basée sur la biomasse.
- Une nouvelle méthode de fractionnement de la biomasse permet d’utiliser la lignine et l’hémicellulose, traditionnellement sous-produits, pour créer des alternatives au bisphénol A (BPA), une substance cancérigène présente dans de nombreux papiers thermiques.
- Le procédé développé protège la lignine et l’hémicellulose, leur conférant de nouvelles fonctionnalités et permettant leur utilisation dans des applications jusqu’alors impossibles.
- Bien que le papier thermique obtenu ne soit pas encore aussi performant que les produits commerciaux, les chercheurs estiment que le surcoût potentiel est acceptable compte tenu des bénéfices environnementaux et sanitaires.
Le papier thermique, omniprésent dans les tickets de caisse, les étiquettes d’expédition et autres applications nécessitant une impression sans encre, contient souvent des additifs chimiques potentiellement dangereux. Si ces additifs ne sont pas considérés comme des déchets toxiques en fin de vie, leur rejet dans l’environnement lors de la mise au rebut du papier pose des problèmes de santé publique et environnementaux. Des équipes de recherche dirigées par le professeur Luterbacher et en collaboration avec la société Bloom Biorenewables se sont donc penchées sur des alternatives plus respectueuses.
Le défi majeur réside dans le coût. Les produits dérivés de sources non renouvelables, comme le pétrole, restent généralement moins chers. Cependant, le fractionnement de la biomasse – le processus de séparation des différents composants du bois et des plantes – est une pratique bien établie dans l’industrie papetière, notamment pour la cellulose. L’innovation réside dans l’exploitation de la lignine et de l’hémicellulose, souvent considérées comme des déchets. Le procédé développé par le professeur Luterbacher, appelé fractionnement assisté, se distingue des méthodes traditionnelles comme le procédé Kraft, qui dégrade la lignine en la rendant inutilisable comme matière première chimique.
Ce nouveau procédé protège la lignine et l’hémicellulose, évitant ainsi leur condensation et leur dégradation. Cette protection permet d’obtenir une lignine aux propriétés inédites, capable de synthétiser des composés équivalents au BPA, mais sans ses effets nocifs. Parallèlement, les recherches ont conduit à la découverte d’une nouvelle molécule issue de l’hémicellulose, le diformylxylose, un sucre aux caractéristiques distinctes de celles de son précurseur, le xylose, ou d’autres dérivés comme le furfural ou le xylitol. Cette découverte représente une avancée significative dans la valorisation des pentoses, des sucres à cinq carbones.
Les chercheurs reconnaissent que le papier thermique produit à partir de ces nouveaux composés n’atteint pas encore les performances des papiers commerciaux actuels. Cependant, ils soulignent que la recherche est à ses débuts et que des optimisations sont possibles. De plus, l’objectif principal de leur travail n’est pas la production de papier thermique en tant que tel, mais le développement d’une chimie plus durable. Ils estiment également que le coût supplémentaire potentiel de ces nouveaux produits pourrait être acceptable, surtout si l’on considère la réduction de la toxicité et la possibilité d’une baisse des prix grâce à l’amélioration du procédé et à la montée en échelle de la production.
L’étude, dont les détails sont accessibles aux non-spécialistes, pourrait avoir des retombées bien au-delà du secteur du papier thermique. Les nouveaux produits chimiques issus de la biomasse pourraient trouver des applications dans d’autres domaines, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour une économie plus circulaire et respectueuse de l’environnement.
