Home SantéQue sont les nanocorps de chameaux qui pourraient aider au traitement de la maladie d’Alzheimer ?

Que sont les nanocorps de chameaux qui pourraient aider au traitement de la maladie d’Alzheimer ?

by Sophie Martin

Publié le 7 novembre 2025 17:24:00. Des chercheurs français explorent le potentiel thérapeutique des « nanocorps », de minuscules fragments d’anticorps présents chez les camélidés, pour traiter des maladies cérébrales complexes comme la maladie d’Alzheimer et la schizophrénie.

  • Une analyse scientifique récente confirme l’intérêt des nanocorps pour le développement de nouvelles thérapies cérébrales.
  • Ces protéines pourraient franchir la barrière hémato-encéphalique avec moins d’effets secondaires que les traitements actuels.
  • Des essais cliniques sur l’homme restent nécessaires pour valider leur efficacité et leur sécurité.

Des nanocorps, de minuscules fragments d’anticorps naturellement présents chez les camélidés – chameaux, lamas et alpagas – suscitent un intérêt croissant dans le domaine de la recherche médicale. Une étude récente, publiée dans la revue Trends in Pharmacological Sciences, a examiné en détail les connaissances actuelles sur ces protéines et leur potentiel thérapeutique, notamment dans le traitement de maladies neurologiques.

L’étude met en évidence la capacité des nanocorps à reconnaître des cibles spécifiques dans le cerveau, tout en présentant un profil d’effets secondaires potentiellement plus faible que les traitements conventionnels. Les chercheurs ont notamment observé que ces fragments d’anticorps pouvaient se lier à des protéines impliquées dans la formation des plaques amyloïdes et tau, caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. Dans le cas de la schizophrénie, des études préliminaires sur des modèles animaux suggèrent que les nanocorps pourraient restaurer les fonctions cognitives en ciblant des récepteurs cérébraux spécifiques.

Cependant, il est important de souligner que toutes les données actuelles proviennent de recherches précliniques, menées sur des animaux ou en laboratoire. Aucun traitement à base de nanocorps n’a encore été approuvé pour la maladie d’Alzheimer ou la schizophrénie chez l’homme.

L’équipe de recherche, dirigée par Pierre-André Lafon et Philippe Rondard du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) à Montpellier, France, a souligné la nécessité de mener des essais cliniques rigoureux pour évaluer la sécurité et l’efficacité de ces nanocorps chez les patients. Les deux chercheurs collaborent également à l’ Institut de génomique fonctionnelle de l’Université de Montpellier.

« Les nanocorps de camélidés ouvrent une nouvelle ère de thérapies biologiques pour les troubles cérébraux et révolutionnent notre façon de penser les traitements », a déclaré Philippe Rondard. « Nous pensons qu’ils peuvent former une nouvelle classe de médicaments, située entre les anticorps classiques et les petites molécules. »

Les scientifiques insistent sur l’importance d’évaluer la stabilité des nanocorps, de confirmer leur bon repliement et de s’assurer de l’absence d’agrégats. Ils soulignent également la nécessité d’obtenir des nanocorps de qualité clinique et des formulations stables pour garantir leur activité à long terme pendant le stockage et le transport.

Les nanocorps, découverts dans les années 1990 par des chercheurs belges étudiant le système immunitaire des camélidés, se distinguent des anticorps conventionnels par leur structure simplifiée. Ils ne comportent qu’une seule chaîne lourde, contrairement aux deux chaînes lourdes et deux chaînes légères des anticorps classiques. Cette particularité leur confère une taille réduite et une meilleure capacité à pénétrer dans les tissus, y compris le cerveau.

Les prochaines étapes de la recherche consisteront à effectuer des tests de toxicité et de sécurité à long terme, ainsi qu’à étudier la pharmacocinétique et la pharmacodynamique des nanocorps pour déterminer leur durée d’action et leur distribution dans le cerveau. Ces données seront cruciales pour élaborer des stratégies de dosage optimales et préparer le terrain pour de futurs essais cliniques sur des patients atteints de troubles neurologiques.

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