Publié le 2 octobre 2025 à 15h11. Des citoyens irlandais ayant participé à une flottille humanitaire à destination de Gaza ont été interceptés par les forces israéliennes et se voient refuser l’accès à une assistance juridique, suscitant des inquiétudes et des critiques au sein du gouvernement irlandais.
- Au moins 14 citoyens irlandais ont été interpellés et sont actuellement détenus par Israël.
- Les autorités israéliennes ont entamé des procédures d’expulsion sans en informer les avocats des personnes concernées.
- Le gouvernement irlandais a exprimé sa « forte condamnation » et demande le respect des droits des citoyens irlandais conformément au droit international.
L’interception de la flottille, composée de plus de 30 navires transportant de l’aide et des militants de diverses nationalités, dont la militante suédoise Greta Thunberg, a provoqué une vive réaction en Irlande. Les organisateurs accusent Israël d’« abduction illégale » des citoyens irlandais.
Selon des informations communiquées au Dáil (chambre basse du Parlement irlandais), les autorités israéliennes ont déjà amorcé des procédures d’expulsion et de détention dans le port d’Ashdod, sans préavis aux avocats des participants. Le porte-parole des Affaires étrangères du Sinn Féin, Donnchadh Ó Laoghaire, a confirmé ces informations, soulignant l’inquiétude grandissante quant au sort des Irlandais interpellés.
Le Tánaiste (vice-Premier ministre) et ministre des Affaires étrangères, Simon Harris, a déclaré qu’il comprenait que les citoyens irlandais avaient identifié des sources potentielles de représentation juridique sur place et qu’il s’empresserait de s’en occuper dès son retour. Il a également précisé qu’aucun rapport de blessure n’avait été reçu concernant les Irlandais, tout en reconnaissant le contexte « volatil et dangereux » de la situation.
Les noms de neuf citoyens irlandais ont été rendus publics par les organisateurs de la flottille : Colm Peter Byrne (à bord du Hio), Cormac Kevin O’Daly (à bord du Yulara), Louise Heaney (à bord du Senator Dir Yassine), Caitríona Graham (à bord de l’Aurora), le sénateur du Sinn Féin Christopher Andrews et Sarah Catherine Clancy (à bord du Spectre), Tara O’Grady (à bord de l’Alma) et DiaRmud Mac Dubbhgl Sirius.
Six autres Irlandais se trouvaient à bord des navires Amsterdam, Fair Lady, Ohwayla, Meteque et Paola I, leur présence étant présumée mais non confirmée. Il s’agit de Donna Marie Schwarz, Patrick Kelly, Patrick O’Donovan, Tara Rose Sheehy, Anthony (Tadgh) Hickey et Mary (parfois nommée Maureen) Alma.
Le ministère israélien des Affaires étrangères a affirmé que les personnes interpellées avaient été « transférées vers un port israélien » et qu’elles étaient en sécurité. Les organisateurs de la flottille ont diffusé des vidéos préenregistrées des passagers, indiquant leur nom et leur nationalité, avant l’interception.
« Je viens d’Irlande, et si vous regardez cette vidéo, j’ai été kidnappée par les forces israéliennes et emmenée en Israël contre ma volonté. Dites à mon gouvernement de mettre fin à sa complicité avec Israël et de me ramener chez moi. Arrêtez le génocide. »
Donna Schwarz, passagère de la flottille
Dans le Dáil, des critiques ont été formulées à l’encontre du gouvernement pour son manque d’intervention. Cian O’Callaghan, chef adjoint des sociaux-démocrates, a interrogé l’exécutif sur l’absence d’envoi de personnel sur place pour « observer la situation et tenter de protéger ces citoyens irlandais ». Simon Harris a justifié cette décision en expliquant qu’un navire espagnol était présent dans la région, mais qu’il ne pensait pas que cela aurait eu un impact significatif.
Le député Paul Murphy, qui a participé à des flottilles précédentes vers Gaza, a mis en garde contre la fiabilité des engagements pris par Israël, soulignant que, selon son expérience, ces promesses étaient souvent rompues une fois les représentants irlandais partis. Il a également souligné l’importance d’une surveillance attentive de la situation par l’ambassadeur irlandais.
Par ailleurs, au Seanad (chambre haute du Parlement irlandais), la sénatrice indépendante Frances Black a appelé le gouvernement à exiger une réparation « pour tous les citoyens irlandais kidnappés par Israël pour cet acte illégal ». Elle a également plaidé pour la suspension immédiate de l’accord de coopération entre l’Union européenne et Israël et pour l’adoption du projet de loi sur les territoires occupés, qui, selon elle, enverrait un « signal incroyable » au peuple palestinien.
Mme Black a exprimé sa surprise face au silence de l’Union européenne concernant l’interception de la flottille, appelant l’Irlande à exercer des pressions sur l’UE pour qu’elle condamne cet acte. Simon Harris a également exprimé son inquiétude quant au manque de réaction de l’UE, soulignant que « des centaines de citoyens européens, dont des Irlandais, sont désormais détenus » et qu’il allait soulever cette question auprès de la Haute Représentante de l’UE, Kaja Kallas.
