Publié le 10 janvier 2026. Une cargaison de diesel illégal, initialement sous-estimée par les autorités mexicaines, révèle un possible réseau de fraude fiscale binational impliquant des entreprises et des fonctionnaires, soulevant des questions sur l’ampleur de la corruption et le contrôle des importations.
- Des documents officiels confirment que le navire Challenge Procyon a importé plus de 20,9 millions de litres de diesel, soit le double de ce qui avait été publiquement annoncé.
- Le carburant a été déguisé en « additifs pour huiles lubrifiantes » afin d’éviter le paiement des taxes.
- Une partie significative de la cargaison, plus de 10 millions de litres, n’a pas été retrouvée, alimentant les soupçons d’un vaste réseau de distribution illégale.
L’affaire, qui a débuté avec la saisie de carburant illégal dans le port de Tampico, a rapidement pris une tournure plus complexe, révélant un possible schéma de fraude fiscale à grande échelle, surnommé « huachicol fiscal ». Des documents du Service d’administration fiscale (SAT) ont confirmé que le navire Challenge Procyon avait transporté au Mexique 20 944 445,77 litres de diesel, une quantité bien supérieure aux 10 millions de litres initialement communiqués par le secrétaire à la Sécurité et à la Protection des citoyens, Omar García Harfuch.
Selon le procès-verbal de l’Agence nationale des douanes du Mexique, cité par le journal Reforma et consulté par l’organisation Mexicains contre la corruption et l’impunité (MCCI), la cargaison a été importée par l’entreprise Exemple, sous une fausse déclaration. Les documents douaniers indiquaient que l’envoi était constitué d’« additifs pour huiles lubrifiantes », une catégorie soumise à des taxes moins élevées que le diesel. Cependant, les analyses en laboratoire ont révélé qu’il s’agissait en réalité de diesel.
Le dossier précise que les 17 459 290 kilos déclarés dans la déclaration d’importation correspondent, en volume, à 20 944 445,77 litres. Cette confirmation officielle a plus que doublé le volume initialement annoncé, soulevant des questions sur la transparence des informations communiquées par les autorités.
L’un des aspects les plus préoccupants de cette affaire est la disparition d’une partie importante de la cargaison. À ce jour, aucune information publique n’a été divulguée concernant la destination finale des plus de 10 millions de litres de diesel non localisés. Ce vide alimente les spéculations sur l’existence d’un réseau de distribution illégale et la possible implication d’acteurs supplémentaires.
Le « huachicol fiscal » se distingue du vol de carburant traditionnel par son mode opératoire. Il consiste à importer des carburants en les déclarant comme d’autres produits, à sous-évaluer la marchandise, ou à utiliser de fausses fractions tarifaires, afin d’éviter le paiement de l’impôt spécial sur la production et les services (IEPS), de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et d’autres taxes. Le carburant entre ainsi légalement dans le pays sur le papier, mais illégalement en pratique, et est ensuite vendu à un prix inférieur, affectant les recettes fiscales et le marché formel.
L’affaire Challenge Procyon a mis en lumière un possible système d’importations simulées, impliquant des ramifications dans les ports, les douanes, les transports et le marché intérieur. Les autorités fiscales et des organisations comme MCCI ont documenté ce type de stratagème à plusieurs reprises. Rafael Marín Mollinedo, directeur de l’Agence nationale des douanes, a récemment déclaré que, malgré la persistance de la corruption, des progrès avaient été réalisés et près de 200 milliards de pesos avaient été récupérés grâce à la coordination avec les États-Unis.
Ce dossier a rouvert le débat national sur l’ampleur de la fraude fiscale et la nécessité de renforcer les contrôles aux frontières. Il met en évidence la complexité des réseaux de corruption et la difficulté de lutter contre les pratiques illégales qui affectent les finances publiques et la concurrence loyale. Des enquêtes récentes ont révélé un réseau encore plus vaste de trafic de carburant impliquant des douaniers et des militaires.
Selon des rapports, seulement six employés de Pemex ont été arrêtés pour « huachicol » au cours des dix dernières années, ce qui soulève des inquiétudes quant à l’impunité et au renforcement du crime organisé.
