Publié le 20 octobre 2025 à 15h41. L’ancien président américain Donald Trump est connu pour son flux constant de déclarations et d’actions, mais une analyse des marchés de prédiction révèle une tendance surprenante : il est souvent plus rentable de parier sur son inaction que sur ses promesses.
- Une analyse de plus de 300 marchés de prédiction liés aux actions de Trump montre que les paris sur son inaction ont généré un rendement net de 12 % sur 100 $.
- Les parieurs ont tendance à surestimer la probabilité que Trump agisse sur ses déclarations, en particulier en matière de politique commerciale et de droits de douane.
- Bien que Trump soit un perturbateur, l’analyse suggère qu’il est souvent plus habile à parler qu’à agir, offrant ainsi une opportunité aux parieurs avertis.
Donald Trump a toujours été un maître de la communication, capable de monopoliser l’attention médiatique par un flot incessant de discours, de décrets, de publications sur les réseaux sociaux et de déclarations, parfois provocatrices. Cette stratégie, qu’elle soit délibérée ou non, a des conséquences inévitables et laisse le monde dans un état d’incertitude quant à ses véritables objectifs.
Pourtant, une analyse approfondie des données de marchés de prédiction, menée par Timothy O’Brien et Carolyn Silverman, révèle un paradoxe : l’ancien président est souvent plus prévisible dans son inaction que dans ses actions. En d’autres termes, parier contre la réalisation de ses promesses s’est avéré une stratégie financièrement plus judicieuse.
L’étude, portant sur plus de 300 marchés sur la plateforme Polymarket depuis l’investiture de Trump jusqu’au 30 septembre, a examiné un large éventail de sujets, des tarifs douaniers aux changements de ministres, en passant par la signature de décrets et même des paris insolites sur des compétitions de golf ou le futur rôle d’Elon Musk à la Maison Blanche. Les résultats sont frappants : en moyenne, la probabilité que ces événements se produisent, estimée initialement à 34 %, n’a été réalisée que dans 28 % des cas.
Cette surestimation de la probabilité d’action de Trump a permis aux parieurs avisés de réaliser des gains significatifs. Une stratégie simple consistant à parier systématiquement sur son inaction a généré un rendement net de 12 % pour 100 $, un résultat comparable à la hausse du S&P 500 sur la même période. À l’inverse, parier sur ses actions aurait entraîné une perte de 20 %.
Les marchés de prédiction, qui reposent sur la « sagesse de la foule », sont censés fournir des indications fiables sur la probabilité qu’un événement se produise. L’élection présidentielle américaine de 2024 a vu une forte augmentation des échanges sur ces plateformes, avec des investisseurs français qui ont notamment réalisé plus de 85 millions de dollars de bénéfices en pariant sur la victoire de Trump. Cependant, l’analyse montre que la foule a tendance à surestimer les chances d’événements politiques, en particulier les actions présidentielles.
Cette tendance à la surestimation pourrait s’expliquer par la propension humaine à se fier à des préjugés personnels et à un optimisme infondé. Trump, de son côté, a passé la majeure partie de sa vie à attirer l’attention des médias et à faire des déclarations audacieuses, souvent motivées par le désir de se mettre en valeur ou de se protéger. Quiconque a suivi sa carrière dans les affaires ou le divertissement pouvait s’attendre à ce qu’il continue sur cette voie à la Maison Blanche : beaucoup de paroles pour peu d’actions concrètes.
Les gains les plus importants ont été réalisés en pariant sur son inaction en matière de droits de douane, de politique commerciale et de politique intérieure. L’analyse exclut les marchés à court terme, qui sont moins sujets à l’incertitude et offrent une plus grande précision de prévision. Par exemple, sur 93 marchés à court terme, les paris sur son inaction ont rapporté -13 %.
Robert Armstrong, chroniqueur au Financial Times, a même inventé le terme « TACO » (Trump Always Caves On) pour désigner la tendance de Trump à faire marche arrière sur ses politiques tarifaires.
Cependant, il est important de souligner que Trump n’est pas uniquement un homme de paroles. Il a joué un rôle clé dans la négociation d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas à Gaza, et ses politiques en matière de tarifs douaniers et d’immigration ont eu des conséquences réelles. Il a également remis en question les limites du pouvoir présidentiel et du système judiciaire.
Face à cette réalité, il est essentiel de rester attentif aux détails de ses déclarations et de ne pas se laisser submerger par le flux constant d’informations. La « surcharge cognitive » peut nous amener à baisser notre garde et à manquer des éléments importants. Lors d’un récent discours devant des militaires à Quantico, en Virginie, Trump a notamment évoqué l’idée d’utiliser des villes américaines comme « terrains d’entraînement » militaires, une proposition qui n’a pas encore été prise en compte par les marchés de prédiction, mais qui a déjà suscité des paris sur les villes susceptibles d’accueillir la Garde nationale.
Sur plus de 300 marchés analysés, Trump a effectivement pris des mesures sur plus de 80 d’entre eux, impliquant souvent des décisions qui ont mis à l’épreuve ou dépassé les limites du pouvoir présidentiel, comme la modification du droit de naissance ou l’expulsion d’immigrants. En fin de compte, il est préférable de s’attendre à ce que la plupart de ses promesses ne se concrétisent pas, afin de préserver son espace mental et de se concentrer sur les déclarations qui méritent réellement notre attention.
(Timothy O’Brien est rédacteur en chef de Bloomberg Opinion. Il est un ancien rédacteur et journaliste du New York Times et l’auteur de TrumpNation: The Art of Being the Donald. Il a co-écrit cet article avec Carolyn Silverman, journaliste spécialisée dans les données chez Bloomberg Opinion et ancienne data scientist à l’Institut du crime et de l’éducation de l’Université de Chicago. Le contenu de cette chronique ne reflète pas nécessairement les opinions du comité de rédaction de Bloomberg LP ou de ses propriétaires.)
Titre original : Les paris sur le match d’inaction de Trump reviennent chez S&P : Silverman et O’Brien (extrait)
Cette chronique reflète les opinions personnelles de l’auteur et ne reflète pas nécessairement l’opinion du comité de rédaction ou de Bloomberg LP et de ses propriétaires.

