Les administrations publiques ont désormais le feu vert pour interdire l’utilisation de messageries instantanées jugées dangereuses sur les appareils professionnels, même en l’absence d’accord avec les instances du personnel. Une décision de justice historique, rendue par le tribunal administratif supérieur de Münster, clarifie un litige persistant et renforce les prérogatives des employeurs publics en matière de sécurité informatique.
L’arrêt, référencé 33 A 639/24.PVB et daté de juillet 2025, établit que l’interdiction de telles applications relève de la gestion du travail et non d’une décision d’ordre social. En conséquence, les conseils du personnel n’ont pas de pouvoir de décision lorsqu’une administration interdit globalement des services comme WhatsApp pour des motifs de sécurité et de protection des données.
L’affaire qui a mené à cette décision concernait une agence fédérale ayant interdit certaines applications sur ses appareils professionnels, notamment celles liées au ministère fédéral de la Défense, en raison de préoccupations liées à la sécurité. Le conseil du personnel local avait contesté cette interdiction, arguant qu’elle nuisait au bon fonctionnement et à la cohésion sociale des employés, et qu’elle nécessitait donc une cogestion conformément à la loi fédérale sur la représentation du personnel.
Le tribunal a rejeté cet argument, soulignant que l’interdiction portait principalement sur la manière d’exécuter le service. En interdisant les outils potentiellement dangereux, l’employeur définit les modalités de réalisation des tâches et protège l’infrastructure informatique contre les fuites de données et les failles de sécurité. Selon l’OVG Münster, même si une mesure affecte à la fois les conditions de travail et l’organisation du travail, c’est l’objectif principal qui prévaut.
Si cette décision concerne spécifiquement la fonction publique, les juristes anticipent un effet d’entraînement significatif dans le secteur privé. Les comités d’entreprise sont confrontés à des situations similaires et cet arrêt apporte une clarification juridique aux employeurs souhaitant renforcer la conformité informatique. Cependant, il est important de noter que l’interdiction doit être justifiée par des préoccupations de sécurité réelles et ne pas servir de prétexte à une surveillance accrue des employés.
Le tribunal a également précisé que si l’interdiction d’applications ne nécessite pas de cogestion, l’introduction de nouveaux systèmes informatiques, notamment ceux qui pourraient impliquer une surveillance des employés, relèverait probablement de la cogestion.
Cette clarification juridique intervient alors que la souveraineté des données et la cybersécurité sont devenues des priorités majeures pour les autorités allemandes, face à la multiplication des cyberattaques et des violations du Règlement général sur la protection des données (RGPD). Le phénomène de l'”IT fantôme” – l’utilisation d’applications privées à des fins professionnelles – représente un défi constant pour les services informatiques.
D’autres administrations devraient donc adopter des interdictions strictes concernant les outils de communication non autorisés à partir de 2026. Les conseils du personnel, privés de leur droit de veto sur cette question spécifique, devraient se concentrer sur la proposition d’alternatives sécurisées et conviviales afin de garantir une communication interne efficace.
