Publié le 26 novembre 2025 à 22h41. Une bataille juridique inédite secoue le monde de la NASCAR, opposant deux écuries au promoteur de la compétition, menaçant de remodeler le paysage de ce sport automobile emblématique.
- 23XI Racing, co-propriété de Michael Jordan, et Front Row Motorsports poursuivent la NASCAR pour pratiques anticoncurrentielles.
- Le litige porte sur les conditions des contrats d’affrètement et le contrôle exercé par la NASCAR sur les équipes.
- Un procès est prévu en décembre, avec des enjeux financiers considérables et des conséquences potentielles sur l’avenir de la NASCAR.
La tension monte alors que le procès approche. Le juge Kenneth D. Bell a averti les deux parties, le 25 juin dernier, en ces termes :
« Je suis encore une fois étonné par les efforts déployés pour incendier cette maison au-dessus de la tête de tout le monde, mais je suis commissaire des incendies et je serai là en décembre si besoin est. »
Juge Kenneth D. Bell
Cette métaphore souligne l’acuité du conflit et la détermination du juge à trouver une solution.
L’affaire a été déclenchée par le refus de 23XI Racing et de Front Row Motorsports de signer la prolongation finale du contrat d’affrètement proposée par la NASCAR, après trois ans de négociations difficiles. Le système d’affrètement, qui régit les relations entre la NASCAR et les équipes, est au cœur du litige. Les deux écuries estiment que la NASCAR abuse de sa position dominante pour contrôler les revenus des équipes et entraver la concurrence. Elles dénoncent notamment des clauses de non-concurrence et des restrictions contractuelles qui limitent leur liberté d’action.
23XI Racing, fondée par la légende du basketball Michael Jordan, aux côtés du pilote Denny Hamlin et de Curtis Polk, accuse la NASCAR de se livrer à des pratiques anticoncurrentielles pour maintenir un contrôle monopsone sur les principales équipes de course. Un monopsone est une situation de marché où il n’y a qu’un seul acheteur, en l’occurrence la NASCAR, qui dicte ses conditions aux équipes. Les plaignants affirment que la NASCAR impose des restrictions qui entravent la concurrence et suppriment les revenus des équipes. Ils pointent également du doigt l’acquisition par la NASCAR de l’ARCA Racing Series et sa fusion avec International Speedway Corporation, qu’ils considèrent comme des tentatives de consolidation de son pouvoir.
Les écuries contestent également le modèle de la voiture NextGen, introduite il y a quelques années. Elles estiment que la NASCAR contrôle les coûts en imposant une source unique pour les composants, limitant ainsi la possibilité pour les équipes de trouver des alternatives moins chères. Elles affirment que cette situation nuit à la concurrence et entrave l’innovation.
La NASCAR se défend en arguant qu’elle n’a pas restreint la concurrence, mais au contraire augmenté la valeur des équipes propriétaires depuis l’instauration du système d’affrètement en 2016. Son avocat principal, Christopher Yates, a souligné à plusieurs reprises que les paiements versés aux équipes ont augmenté et que la valeur d’une franchise a été multipliée par 50, passant d’un million de dollars à plus de 50 millions de dollars. Il a également mis en avant l’augmentation de 62% des revenus versés aux équipes grâce au nouvel accord sur les droits de diffusion.
La NASCAR soutient que les clauses d’exclusivité et de non-concurrence sont des pratiques commerciales légitimes visant à protéger la commercialisation et la promotion des événements auprès des fans et des diffuseurs. Elle affirme également que les équipes ont accepté ces conditions par le passé, en achetant des chartes auprès d’autres organisations sans exprimer de réserves.
Une tentative de médiation a eu lieu en août 2025 à New York, sous l’égide de Jeffrey Kessler, ancien directeur juridique de la National Basketball Association, mais elle n’a pas abouti. Une seconde médiation, ordonnée par le juge Bell, s’est également soldée par un échec en octobre, principalement en raison de désaccords sur la répartition des frais juridiques. Les parties s’étaient cependant rapprochées sur la question de la pérennisation du système de charte.
Le procès débutera lundi avec la sélection du jury et devrait durer dix jours. Il ne sera pas diffusé publiquement et seuls les participants pourront prendre des notes. Les deux parties ont déposé un nombre important de pièces à conviction : 858 pour 23XI et Front Row, et 961 pour la NASCAR. La liste des témoins n’a pas été rendue publique, mais elle comprendra probablement des propriétaires d’équipes, des dirigeants et des experts du secteur.
Pour obtenir gain de cause, 23XI et Front Row devront convaincre le jury, à la majorité unanime, que la NASCAR a agi de manière anticoncurrentielle. Si elles réussissent, elles pourraient réclamer plus de 300 millions de dollars de dommages et intérêts, ainsi que des mesures correctives, telles que la suppression des clauses d’exclusivité ou la modification du système d’affrètement. Cependant, même en cas de victoire, la restitution de leurs chartes n’est pas garantie.
Quel que soit le verdict, il est probable que la décision soit contestée devant la Cour d’appel du quatrième circuit de Richmond, en Virginie, et potentiellement devant la Cour suprême des États-Unis. La NASCAR a également intenté une contre-poursuite contre 23XI et Front Row, les accusant d’agir de manière anticoncurrentielle et de participer à un cartel illégal, une action qui pourrait également faire l’objet d’un appel.
Ce procès marque donc un tournant dans l’histoire de la NASCAR et pourrait avoir des conséquences durables sur l’avenir de ce sport automobile.
