La Haye, Pays-Bas – La Cour pénale internationale (CPI) a rejeté ce vendredi une demande de libération de l’ancien président philippin Rodrigo Duterte, craignant qu’il ne fuie pour échapper à un éventuel procès et qu’il ne tente d’intimider les témoins.
- La CPI accuse Rodrigo Duterte de crimes contre l’humanité en lien avec sa guerre contre la drogue.
- La défense de Duterte plaidait une santé fragile, mais les juges estiment qu’il dispose de moyens pour s’enfuir.
- Des organisations de défense des droits de l’homme et des familles de victimes saluent cette décision comme une victoire pour la justice.
Les juges de la CPI ont motivé leur décision dans un document de 23 pages, soulignant que M. Duterte, en tant qu’ancien chef d’État, « semble avoir les contacts politiques nécessaires » pour faciliter une éventuelle fuite. Ils ont également exprimé des inquiétudes quant à la possibilité qu’il utilise sa liberté pour interférer avec le déroulement de la procédure judiciaire, menaçant directement ou indirectement les témoins potentiels par l’intermédiaire de ses partisans.
L’avocat de Duterte, Nick Kaufman, a réagi en qualifiant la décision d’« erronée », dénonçant le maintien en détention d’un « octogénaire souffrant de troubles cognitifs et d’une santé déclinante ». Il avait précédemment souligné que les « facultés cognitives » de son client étaient tellement affaiblies qu’il était incapable d’assister ses avocats.
La CPI avait reporté une audience le mois dernier dans l’attente d’une évaluation médicale complète de l’état de santé de l’ancien président.
Cette décision intervient après l’arrestation de Duterte en mars dernier, saluée par les groupes de défense des droits de l’homme et le procureur en chef de la CPI, Karim Khan, comme une « étape cruciale » dans la recherche de justice pour les victimes des crimes les plus graves relevant de la compétence de la Cour. Deux organisations représentant les familles des victimes de la guerre contre la drogue, SENTRO et le CATW-AP, ont qualifié la décision de « victoire éclatante pour la justice et la responsabilité », affirmant que « personne, pas même un ancien chef d’État, n’est au-dessus des lois ».
La CPI a ouvert une enquête en 2021 sur les massacres liés à la guerre contre la drogue menée par Duterte, d’abord lorsqu’il était maire de Davao, dans le sud des Philippines, puis pendant sa présidence. Les estimations du nombre de morts varient considérablement, allant de plus de 6 000 signalés par la police nationale à 30 000 selon les organisations de défense des droits de l’homme. Selon un document déposé le mois dernier, les procureurs de la CPI affirment que Duterte a ordonné et autorisé « des actes de violence, y compris des meurtres, contre des criminels présumés, notamment des trafiquants et des consommateurs de drogue présumés ».
