Une commission d’enquête en Thuringe cherche à déterminer ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné dans la gestion de la pandémie de Covid-19, afin d’en tirer des leçons pour l’avenir. Des experts estiment qu’une réaction rapide en 2020, avec la mise en place de mesures de protection précoce, a permis de sauver des dizaines de milliers de vies.
Selon le virologue Christian Drosten, l’adoption rapide de mesures restrictives en Allemagne, avant la première vague de l’épidémie, s’est avérée particulièrement efficace. Il a présenté aux membres de la commission des chiffres comparatifs avec le Royaume-Uni, où des mesures similaires avaient été retardées d’environ trois semaines. « Je peux le dire clairement : il aurait été politiquement irresponsable d’attendre que le système de santé montre les premiers signes de saturation », a-t-il affirmé.
Les calculs de M. Drosten suggèrent qu’environ 60 000 vies ont été sauvées en Allemagne grâce à cette intervention précoce. Si l’Allemagne avait suivi la stratégie britannique, le nombre de décès aurait pu atteindre 70 000 au lieu des 9 300 recensés. Au total, près de 180 000 décès liés à la Covid-19 ont été enregistrés en Allemagne pendant toute la durée de la pandémie.
Lothar Wieler, ancien président de l’Institut Robert Koch, a également souligné devant la commission que des réactions plus rapides auraient été nécessaires avant les vagues hivernales de 2021 et 2022. « C’est ma ferme conviction que l’action a été prise trop tard », a-t-il déclaré.
M. Wieler a précisé que l’Institut Robert Koch anticipait une longue durée pour la pandémie, estimant au moins deux ans. Il a toutefois insisté sur le fait qu’il est difficile de prévoir l’évolution d’une pandémie, car elle dépend en grande partie du comportement des individus.
Les deux experts ont également noté que la rapidité avec laquelle un vaccin a été développé et mis à disposition était une surprise. Les premières vaccinations en Allemagne ont débuté fin 2020, et une couverture vaccinale complète a été atteinte en 2021.
La commission a également abordé la question de l’expression « pandémie des non-vaccinés », employée à l’époque par l’ancien ministre fédéral de la Santé, Jens Spahn, sur Twitter en septembre 2021 : « En termes d’incidence et dans les unités de soins intensifs, nous constatons : nous assistons à une pandémie croissante de personnes non vaccinées. Tous ceux qui le peuvent devraient obtenir leur protection ! ». M. Wieler a cependant précisé que l’Institut Robert Koch ne considérait pas cette formulation comme appropriée.
M. Drosten a exprimé son étonnement face au niveau d’immunité relativement faible observé après une première infection au coronavirus, espérant une immunité plus forte, notamment dans les pays du Sud où la population est moins âgée. « J’espérais que les gens seraient immunisés plus rapidement si le virus passait », a-t-il déclaré, tout en reconnaissant que l’évolution de la pandémie dans ces pays n’a pas été aussi favorable qu’il l’avait imaginé.
Outre la commission d’enquête, une commission d’étude en Thuringe examine également les leçons tirées de la pandémie afin d’élaborer des recommandations pour de futures crises sanitaires.
