Publié le 28 décembre 2025 18h38. Vladimir Poutine pourrait chercher à consolider des gains en Ukraine, mais un expert américain met en lumière les échecs historiques de la Russie dans ses ambitions impériales, suggérant que les coûts de ce conflit pourraient s’avérer insoutenables à long terme.
- L’Ukraine pourrait être en train de perdre la guerre, selon certains observateurs occidentaux, malgré la résilience apparente du Kremlin.
- La Russie manifeste un intérêt pour des négociations de fond, ce qui pourrait indiquer une reconnaissance des coûts croissants du conflit.
- L’histoire russe est jalonnée de guerres impériales ratées, caractérisées par une surestimation des forces russes et une sous-estimation de la résistance ennemie.
La guerre en Ukraine s’inscrit dans une longue tradition de conflits malheureux pour la Russie, un « piège impérial » dans lequel ses dirigeants sont tombés à maintes reprises, selon l’analyse de Jeffrey Mankoff, professeur au US Armed Forces College et expert de l’histoire de la guerre. Mankoff souligne que, derrière les avancées tactiques, des tensions structurelles – économiques, sociales, démographiques et politiques – s’accumulent, similaires à celles qui ont contraint la Russie tsariste ou soviétique à se retirer de conflits antérieurs.
L’expert met en évidence des parallèles avec la guerre de Crimée (1853-1856), le conflit russo-japonais (1904-1905), la Première Guerre mondiale et la guerre soviétique en Afghanistan. Dans chaque cas, les dirigeants russes ont fait preuve d’une confiance excessive dans leur puissance militaire et ont sous-estimé la capacité de résistance de leurs adversaires. Comme Nicolas Ier face à l’Empire ottoman ou Nicolas II face au Japon, Poutine aurait cru à un effondrement rapide de l’Ukraine, alors qu’il s’agit d’une guerre d’usure qui dure depuis des années.
Mankoff relève également une constante : la sous-estimation de l’implication étrangère. L’intervention anglo-française en Crimée, le soutien britannique au Japon, les coalitions supérieures à la Russie pendant la Première Guerre mondiale et l’armement des moudjahidines par les États-Unis en Afghanistan ont tous contribué à l’échec des ambitions russes. Selon lui, la guerre en Ukraine suit ce schéma, Moscou ayant sous-estimé la cohésion occidentale et la volonté de soutenir Kiev avec des armes, des renseignements et des ressources financières.
Malgré ces défis, la Russie de Poutine a démontré une capacité d’adaptation. Le Kremlin a réussi à éviter un effondrement économique, à maintenir la stabilité macroéconomique malgré les sanctions sans précédent (en dollars, la valeur d’origine est conservée). La Banque centrale a défendu le rouble et maîtrisé l’inflation, même au prix d’une croissance déprimée. L’armée a réduit sa dépendance aux conscrits en recourant à des mercenaires, des condamnés et des soldats professionnels bien rémunérés, limitant ainsi l’impact politique des pertes humaines. Des innovations technologiques, notamment dans l’utilisation de drones et de missiles, ont également permis de combler certaines lacunes historiques.
Cependant, ces succès tactiques ne masquent pas les faiblesses structurelles de la Russie. Les dépenses militaires – représentant plus de 7 % du PIB – ne sont pas viables à long terme. L’économie civile stagne, les faillites se multiplient, la bourse perd de la valeur et le budget de l’État accumule des déficits croissants, tandis que le Fonds national de protection sociale est épuisé. La guerre accélère la dégradation de l’économie russe, déjà fragilisée par les sanctions et le départ des entreprises occidentales. La reconversion industrielle vers le secteur militaire ne génère pas une croissance durable et réduit la compétitivité future.
L’impact démographique est également préoccupant. Les pertes humaines, l’émigration des hommes en âge de travailler et la baisse des naissances aggravent une crise démographique à long terme. La décision des autorités de limiter la publication de données démographiques témoigne de la gravité de la situation. La dimension ethnique est particulièrement sensible, car de nombreuses victimes sont issues de minorités régionales et de républiques périphériques, ce qui pourrait alimenter les tensions identitaires et les demandes d’autonomie.
Sur le plan politique, la guerre exacerbe la fragilité d’un système clientéliste fondé sur la redistribution des revenus énergétiques en échange de loyauté. Avec la diminution des ressources disponibles, le Kremlin recourt de plus en plus aux nationalisations, aux confiscations et à la répression, sapant les liens qui ont soutenu le régime poutiniste pendant plus de deux décennies. Cette dynamique augmente le risque de conflits internes entre élites et de comportements extrêmes de la part d’acteurs craignant de perdre leur position et leur sécurité.
Au niveau international, la guerre renforce la dépendance de la Russie vis-à-vis de la Chine. Pékin fournit des biens, des technologies et des débouchés commerciaux, mais dans des conditions de plus en plus onéreuses. En échange, Moscou offre des capacités militaires avancées et une coopération stratégique, liées aux objectifs chinois dans l’Indo-Pacifique. Quelle que soit l’issue du conflit, la Russie en ressortira plus pauvre, plus faible et moins autonome.
Mankoff conclut qu’un éventuel cessez-le-feu ne marquerait que le début d’une phase très instable. Le Kremlin devra justifier d’énormes sacrifices auprès d’une population épuisée, réintégrer des millions d’anciens combattants traumatisés et relancer une économie de guerre non durable sans provoquer de nouvelles fractures politiques. L’histoire suggère que les difficultés ne seront pas soudaines, mais chroniques, érodant au fil du temps la croissance, la cohésion sociale et la capacité militaire. Comme par le passé, le véritable défi ne sera pas la fin des combats, mais ce qui suivra.
28 décembre 2025
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