Publié le 24 décembre 2025 à 08h06 (mis à jour à 08h06). Les négociations de paix pour mettre fin au conflit russo-ukrainien sont au point mort, et l’avenir dépendra en grande partie de la position de la Chine, tiraillée entre ses intérêts économiques et ses considérations géopolitiques.
- Selon des experts, une pression chinoise sur la Russie pourrait ouvrir la voie à un cessez-le-feu dans les 3 à 6 prochains mois.
- Pékin est peu susceptible de cautionner un redessin des frontières, par crainte d’un effet domino sur les questions de Taïwan et du Tibet.
- Les États-Unis et la Chine semblent converger vers une volonté de ne pas laisser l’autre partie prendre le pas dans le processus de paix.
L’impasse actuelle des pourparlers de paix entre la Russie et l’Ukraine est analysée par des experts ukrainiens en recherche politique, qui mettent en lumière le rôle crucial que pourrait jouer la Chine. Selon ces analyses, une intervention diplomatique forte de Pékin, exerçant une pression sur Moscou, pourrait permettre d’obtenir un cessez-le-feu dans un délai relativement court, estimé entre trois et six mois.
Ihar Tyshkevich, expert en recherches politiques, a récemment publié une étude identifiant trois scénarios plausibles pour l’évolution de la guerre au cours de l’année à venir. Tous partent du principe que la Russie ne dispose pas des ressources nécessaires pour maintenir le conflit indéfiniment.
Le premier scénario envisagé est une situation de blocage total, contraignant l’Ukraine à céder des territoires et à reconnaître légalement l’occupation russe. Un tel dénouement serait perçu comme une défaite stratégique majeure, susceptible de provoquer une instabilité politique interne en Ukraine, voire des troubles sociaux durables. Le deuxième scénario, plus nuancé, s’inspirerait du cas de la Crimée en 2014 : l’Ukraine perdrait le contrôle de facto d’une partie de son territoire, sans que cette annexion ne soit reconnue internationalement. Enfin, le troisième scénario repose sur une stratégie de transition, où l’Ukraine limiterait ses frappes sur les infrastructures russes, tandis qu’une instabilité politique interne à la Russie créerait une fenêtre d’opportunité pour un cessez-le-feu et la reprise des négociations.
Selon Tyshkevich, l’issue finale dépendra en grande partie du pays qui mènera les pourparlers de paix. L’influence relative des États-Unis, de la Chine et de l’Europe est en constante évolution, et leurs stratégies respectives se précisent. Les États-Unis, cherchant à contenir l’influence chinoise, privilégieraient une interaction avec la Russie tout en se concentrant sur la reconstruction future de l’Ukraine et la compétition avec Pékin. Ils ne sont donc pas pressés de se retirer des négociations. La Chine, quant à elle, utilise son poids économique et technologique pour éviter que la Russie ne devienne une puissance hégémonique dans la région, tout en cherchant à rattraper son retard sur la scène internationale et à s’imposer comme un acteur incontournable dans le processus de paix.
L’expert souligne que ni Washington ni Pékin ne souhaitent laisser l’autre partie prendre le contrôle de la situation. Les États-Unis ne sont donc pas disposés à inviter activement la Chine à jouer un rôle majeur, et Pékin ne coopérera pas pleinement avec une initiative dirigée par Washington. Cependant, si la Chine décidait de faire pression sur la Russie, des négociations de paix pourraient être engagées dans les trois à six mois. Sans cette pression, la Russie pourrait prolonger le conflit jusqu’en 2027.
Un élément clé à prendre en compte est la position constante de Pékin en faveur de « l’intégrité territoriale » et de « l’opposition au séparatisme » sur la scène internationale. Il serait donc inconcevable pour la Chine de reconnaître légalement les changements de frontières résultant du conflit russo-ukrainien. Tyshkevich établit un parallèle direct entre la situation en Ukraine et la question de Taïwan : « Selon le droit international, la situation de la République populaire de Donetsk est comparable à celle de Taïwan. » Il ajoute : « C’est pourquoi il serait extrêmement dangereux pour Pékin de reconnaître légalement un changement de frontières provoqué par une entité similaire aujourd’hui. »
Compte tenu de la sensibilité des questions liées à Taïwan et au Tibet, la Chine ne peut se permettre d’affaiblir sa position juridique sur la souveraineté. Elle privilégiera donc un modèle de négociation de paix qui ne reconnaît pas l’occupation et maintient une certaine ambiguïté juridique. Cela pourrait élargir la marge de manœuvre de l’Ukraine en matière de souveraineté territoriale. À l’inverse, des négociations menées uniquement par les États-Unis pourraient donner la priorité aux intérêts américains, voire imposer à l’Ukraine des concessions territoriales ou un retrait de ses troupes, ce qui constituerait le « pire des cas ».
L’expert souligne également les défis auxquels est confronté le rôle de l’Europe dans ce conflit. Certains pays d’Europe de l’Est, comme la Pologne et la Turquie, prennent progressivement une place plus importante dans la région. Les remises en question de l’hégémonie occidentale traditionnelle et l’échec du modèle de sécurité dirigé par les États-Unis obligent l’Europe, le Japon, la Corée du Sud et d’autres pays à repenser leur rôle sur la scène internationale.
En raison de la lenteur de ses processus décisionnels, de l’afflux de réfugiés ukrainiens et de ses propres problèmes internes, l’aide de l’Union européenne à l’Ukraine pourrait être limitée à l’avenir. L’Ukraine devra donc privilégier la coopération avec les différents pays européens et veiller à ce que les États-Unis continuent de participer aux négociations, tout en maintenant le dialogue avec la Chine.
Guerre russo-ukrainienne
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