Publié le 31 octobre 2025 à 04h40. Des incidents impliquant des agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) et des personnes soupçonnées d’être en situation irrégulière se multiplient aux États-Unis, souvent marqués par des affrontements et des tirs, soulevant des questions sur les tactiques employées par les forces de l’ordre.
- Un Mexicain documentant les opérations de l’ICE sur TikTok a été blessé par balle lors d’une tentative d’interpellation à Los Angeles.
- Des incidents similaires, dont un décès en septembre à Chicago, se sont produits à Phoenix et dans d’autres villes américaines ces derniers mois.
- L’utilisation de techniques controversées comme la manœuvre PIT (immobilisation de précision) est de plus en plus dénoncée.
Les opérations de l’ICE, intensifiées ces derniers mois, se soldent de plus en plus souvent par des incidents violents. Le 21 octobre dernier, à Los Angeles, Carlitos Ricardo Parias, un Mexicain sans papiers connu sur TikTok sous le pseudonyme de Richard LA, a été touché par une balle au bras alors qu’il tentait d’échapper à une interpellation. Un adjoint du bureau du shérif a également été blessé à la main. Parias, qui documente et dénonce les raids migratoires sur les réseaux sociaux, est désormais accusé d’agression contre un agent fédéral et doit faire face à une procédure d’expulsion.
Cet incident n’est pas isolé. Des événements similaires se sont produits à Phoenix et à nouveau à Los Angeles ces dernières semaines. Le 12 septembre, à Chicago, un autre Mexicain, Silverio Villegas-González, est décédé après avoir été touché par un tir lors d’une opération de l’ICE. Selon des informations rapportées par le journal El País, cet événement marque le premier décès lié à un tir de la police lors d’une opération de l’ICE cette année. Depuis, les poursuites, les accidents et les fusillades se sont multipliés, dans un contexte de politique migratoire de plus en plus restrictive.
Outre les tirs, l’utilisation de la manœuvre PIT, ou Technique d’immobilisation de précision, suscite de vives critiques. Cette technique consiste à percuter intentionnellement un véhicule en fuite pour le faire dévier de sa trajectoire et l’immobiliser. Considérée comme dangereuse, elle peut entraîner des accidents graves, voire mortels. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, notamment à Chicago, semblent confirmer son utilisation par les forces de l’ordre. Les témoignages de témoins oculaires, abondamment partagés en ligne, font également état d’affrontements de plus en plus fréquents entre les agents de l’ICE et les personnes qu’ils tentent d’interpeller.

Les défenseurs des droits des migrants et les experts estiment que les interpellations de personnes en situation irrégulière présentent un faible risque et ne justifient pas l’utilisation de techniques potentiellement mortelles.
« La manœuvre PIT est une technique de force potentiellement mortelle »,
Jerry Robinette, ancien responsable des enquêtes pour l’ICE, dans des déclarations au CNN.
Il a ajouté que cette technique ne devrait être employée que lorsque le risque pour le public ou les agents est supérieur au risque de collision.
Face aux critiques, les responsables gouvernementaux se retranchent derrière des chiffres contestés, affirmant que les attaques contre les agents de l’ICE ou d’autres organismes fédéraux ont « augmenté de 1 000 % » par rapport à l’année précédente – un argument similaire à celui utilisé pour justifier le déploiement de la Garde nationale à Chicago et Portland. Comme le soulignait El País, cette rhétorique vise à victimiser les agents de l’ICE et à justifier une politique migratoire de plus en plus répressive. L’ICE insiste également sur le fait que les incidents sont provoqués par les personnes soupçonnées d’être en situation irrégulière ou par des individus extérieurs aux opérations qui « entravent et attaquent les forces de l’ordre ».
Le Département de la sécurité intérieure (DHS) défend quant à lui l’utilisation de la manœuvre PIT lors des poursuites, dégageant toute responsabilité des agents.
« Quiconque frappe un policier avec son véhicule sera arrêté et poursuivi avec toute la rigueur de la loi »,
Tricia McLaughlin, porte-parole de l’agence.
Cependant, les preuves disponibles, notamment les vidéos enregistrées par des témoins ou issues de caméras de surveillance, suggèrent que les attaques présumées contre les agents ne sont pas toujours telles que décrites par les autorités. Quelques jours avant l’incident survenu en Californie, une vidéo enregistrée à Chicago montrait une camionnette de la patrouille frontalière percuter un véhicule rouge lors d’une opération d’immigration. L’impact a provoqué une collision en chaîne. Le DHS a affirmé que le véhicule poursuivi avait initialement percuté les agents, qui avaient alors réagi en utilisant une « manœuvre PIT autorisée ». Les vidéos, bien que non concluantes, ne confirment pas la première collision alléguée par les autorités.
Dans l’affaire de septembre impliquant la mort de Silverio Villegas-González, l’ICE a affirmé que l’homme avait délibérément renversé et traîné un agent sur plusieurs mètres pour justifier l’usage de la force meurtrière. Or, des vidéos citoyennes ont montré que Villegas-González n’avait pas intentionnellement écrasé l’agent et ne l’avait à aucun moment traîné. De plus, le DHS a affirmé que l’agent en question avait été grièvement blessé, alors qu’il a été libéré le jour même.
Mercredi dernier, à Phoenix, une autre opération s’est soldée par des blessures pour un immigrant hondurien. Selon des documents obtenus par une chaîne de télévision locale, un agent de l’ICE a tiré à deux reprises sur José García-Sorto, le conducteur d’un véhicule arrêté sur l’autoroute I-17. Le DHS a déclaré que l’homme « avait accéléré en direction du policier », qui « craignait pour sa vie » et avait tiré en état de légitime défense. García-Sorto a été transporté à l’hôpital dans un état stable, tout comme l’agent. Dans cette affaire, aucune vidéo citoyenne n’a pour l’instant contredit la version officielle, et le FBI a ouvert une enquête.
Les critiques dénoncent un durcissement institutionnel délibéré, illustré par des tactiques de plus en plus agressives : camions banalisés bloquant les rues, affrontements aux carrefours, coups de feu tirés en pleine rue. Les vidéos, enregistrées par les voisins ou les personnes impliquées, circulent sur les réseaux sociaux et constituent, malgré les accusations d’alimenter la polarisation, une contre-expertise face aux déclarations officielles.
