Un tueur en série condamné pour un double meurtre et impliqué dans une prise d’otage en prison a obtenu une indemnisation de 240 000 £ (environ 285 000 €) aux frais des contribuables britanniques. Cette décision controversée, basée sur une interprétation de la Convention européenne des droits de l’homme, suscite l’indignation et relance le débat sur la place des droits des détenus face à la sécurité nationale.
Fuad Awale, reconnu coupable en 2013 d’avoir abattu Mohammed Abdi Farah et Amin Ahmed Ismail à Milton Keynes, avait été placé à l’isolement après avoir agressé un agent pénitentiaire et menacé de le tuer. Lors de cette prise d’otage, il avait également exigé la libération d’Abu Qatada, un prédicateur radical, et de Roshonara Choudhry, l’agresseuse de l’élu Stephen Timms.
Awale a contesté son isolement, arguant que cela violait son droit à la vie privée, tel que protégé par l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH). Il estimait que les restrictions imposées à ses contacts et à ses activités étaient disproportionnées.
Le secrétaire à la Justice, David Lammy, a finalement accepté de verser 7 500 £ (environ 8 800 €) d’indemnisation pour préjudice moral, ainsi que 234 000 £ (environ 278 000 €) pour couvrir les frais de justice engagés par le détenu. Le tribunal a estimé qu’Awale avait subi une « ingérence significative » dans sa vie privée.
L’affaire a révélé qu’Awale avait par le passé tenté de nouer des liens avec des terroristes islamiques, notamment les assassins de Lee Rigby, mais sa demande avait été rejetée par les autorités en raison de préoccupations liées à la sécurité nationale.
Robert Jenrick, secrétaire fantôme conservateur à la Justice, a dénoncé cette décision, la qualifiant de « blague de mauvais goût ». Il a appelé à une modification urgente de la législation pour exclure les criminels extrémistes du champ d’application de la CEDH. « Les travaillistes se laissent intimider par les terroristes et les défenseurs des droits de l’homme. Ils doivent adopter une loi d’urgence pour exclure immédiatement ces monstres de la CEDH. Si ce n’est pas le cas, nous le ferons dès le retour du Parlement », a-t-il déclaré.
David Lammy a reconnu que des changements législatifs étaient à l’étude pour empêcher les criminels extrémistes d’utiliser la CEDH comme un moyen de contester les mesures de sécurité. Il a également annoncé qu’une étude serait menée par Jonathan Hall, l’examinateur indépendant des lois relatives au terrorisme, afin d’évaluer les mesures à prendre pour renforcer la sécurité dans les prisons.
Awale avait été condamné à un minimum de 38 ans de prison en janvier 2013 pour le double meurtre. Il a ensuite écopé de six années supplémentaires pour la prise d’otage de l’agent pénitentiaire, qu’il avait menacé de mort en lui pointant un objet tranchant à la gorge.
Les avocats d’Awale avaient soutenu que les décisions de refus de visites étaient « opaques » et que le détenu n’avait pas eu la possibilité de contester efficacement son isolement, les directeurs de prison ne réexaminant pas régulièrement ses conditions de détention, comme l’exige la loi. Il avait également fait valoir que le ministère de la Justice n’avait pas suffisamment pris en compte la présence de prisonniers « racistes » et « islamophobes » dans l’établissement, limitant ainsi ses possibilités de contacts sociaux.
