Publié le 13 octobre 2023 14:08:00. À quelques semaines de la COP30, prévue à Belém, au Brésil, des inquiétudes grandissent quant à la capacité du pays à accueillir les participants, tandis que des questions se posent sur la cohérence entre le discours environnemental affiché et les décisions prises sur le terrain.
- Plus de 87 % des pays participants habituels n’avaient pas réservé leur hébergement en août, en raison de coûts jugés prohibitifs.
- Le choix de Belém, en Amazonie, est à la fois un symbole fort et une décision politiquement motivée, mais soulève des préoccupations quant à l’impact environnemental de l’organisation du sommet.
- Des critiques pointent l’hypocrisie du Brésil, qui autorise des projets potentiellement destructeurs pour la forêt amazonienne tout en se présentant comme un champion de la lutte contre le changement climatique.
L’organisation de la Conférence des Parties sur le climat (COP30), qui se tiendra à Belém, au Brésil, est confrontée à des difficultés logistiques de taille. En août dernier, une enquête menée par la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) révélait qu’une écrasante majorité des pays – 87 % des 200 participants habituels – n’avaient pas encore pu réserver leur hébergement, invoquant des tarifs inabordables. Le gouvernement brésilien a affirmé que 61 pays disposaient de logements, laissant planer un doute sur la participation effective des autres.
La situation a suscité une réunion d’urgence au sein du bureau climatique de l’ONU il y a un mois. Des pressions ont été exercées sur les autorités brésiliennes pour envisager un déplacement du sommet vers Rio de Janeiro ou São Paulo, des villes mieux équipées pour accueillir un événement d’une telle ampleur. Cependant, le Brésil a refusé cette option.
Selon Thawaney, l’accessibilité doit être une priorité, en particulier pour les nations les plus vulnérables et les moins représentées dans les négociations climatiques. Elle précise que 79 pays ont confirmé leur participation à ce jour, tandis que 70 autres sont encore en phase de négociation.
Un analyste politique, souhaitant conserver l’anonymat, rappelle que les fondations de cette situation ont été posées lors de la COP27, qui s’est tenue à Charm el-Cheikh, en Égypte, en 2022. « Lula venait tout juste de remporter une élection contestée face à Jair Bolsonaro », explique-t-il. À cette époque, les divisions internes au Brésil concernant sa politique environnementale étaient déjà bien visibles, avec la présence de trois pavillons distincts lors de la COP27 : un pour le gouvernement Bolsonaro sortant, un pour les gouverneurs des États amazoniens et un pour la société civile.
Le président élu Lula avait alors assisté à la COP, en tant qu’observateur, avec un message clair : « Le Brésil est de retour ».
« Au cours des trois premières années du gouvernement actuel (Bolsonaro), la déforestation en Amazonie a augmenté de 73 pour cent… Les crimes environnementaux, qui ont connu une progression effrayante sous ce gouvernement qui touche à sa fin, seront désormais combattus sans relâche. »
Lula, depuis le pavillon représentant les États amazoniens
La lutte contre la déforestation en Amazonie étant au cœur du programme climatique de Lula, il a officialisé Belém comme ville hôte de la COP30. Selon l’expert, cette décision est à la fois symbolique – les dirigeants mondiaux, les militants et les scientifiques parlent de l’Amazonie sans jamais s’y rendre – et politique. Le gouverneur du Pará, Helder Barbalho, président du consortium des gouverneurs des États amazoniens, est une figure influente au sein du gouvernement.
Pour les chercheurs brésiliens, le choix de l’Amazonie est à la fois « évident » et porteur d’un « message puissant ». En comparaison, les trois dernières COP se sont déroulées dans des pays dont l’économie est fortement dépendante des combustibles fossiles.
« Transporter le monde en Amazonie souligne cette différence cruciale et nous rappelle que la lutte contre le changement climatique ne se limite pas à réduire l’utilisation des énergies fossiles, mais implique également la protection des forêts et des populations qui en dépendent », explique Alencar. Le Quint.
Cependant, Thawaney souligne une hypocrisie flagrante. « Le discours sur l’opportunité sonne creux lorsque les gains économiques à court terme menacent des pertes écologiques ou écosystémiques à long terme », affirme-t-elle, en référence à l’autorisation récente d’un projet de loi autorisant la construction d’une nouvelle autoroute à travers une zone protégée de la forêt amazonienne, dans le cadre des préparatifs du sommet.
