Publié le 14 décembre 2025 à 08h21. Une solution audacieuse, tirée tout droit de la science-fiction, est à l’étude pour lutter contre la montée du niveau des mers : la création de mers intérieures artificielles dans les déserts, afin de réduire le volume des océans.
- Le projet pilote se concentre sur la dépression de Qattara, un vaste bassin situé en Égypte.
- L’objectif est de créer des « puits » d’eau permanents qui extraient l’eau des océans, tout en générant des bénéfices locaux.
- Cette approche ne saurait remplacer la réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais pourrait constituer une contribution marginale à la lutte contre le changement climatique.
L’idée, qui pourrait sembler relever du domaine de l’imaginaire, gagne du terrain dans les débats sur le climat. Elle consiste à reconnecter d’anciens bassins, situés sous le niveau de la mer, à l’océan par le biais de canaux ou de tunnels. L’eau s’engouffrerait alors dans ces dépressions, réduisant ainsi le volume des océans et, par conséquent, ralentissant la montée du niveau de la mer.
Selon Amir AghaKouchak, de l’Université de Californie à Irvine, coordinateur du projet, le principe est relativement simple.
« Le renoyage des mers intérieures consiste à reconnecter de grands bassins situés sous le niveau de la mer à l’océan pour créer des mers intérieures stables. »
Amir AghaKouchak, Université de Californie, Irvine
Le remplissage de la dépression de Qattara, jusqu’à une profondeur de 133 mètres, pourrait retirer des centaines de kilomètres cubes d’eau des océans, entraînant une diminution du niveau de la mer de quelques millimètres. L’évaporation et les flux continus d’eau pourraient ensuite maintenir cet effet dans le temps.
La dépression de Qattara, en Égypte, est considérée comme un site particulièrement adapté pour plusieurs raisons : son étendue considérable, son climat aride favorisant l’évaporation et sa proximité avec la mer Méditerranée. « Qattara possède des attributs rares : une vaste zone, une forte évaporation et une connexion relativement courte avec la mer », explique AghaKouchak.
Ce projet ambitieux soulève cependant d’importaux défis. Les impacts écologiques, les risques pour les nappes phréatiques et les habitats désertiques, la gouvernance internationale et la gestion des populations locales sont autant de questions qui doivent être abordées. Néanmoins, des avantages potentiels existent également, tels que la production d’énergies renouvelables lors du remplissage des bassins, le développement de l’aquaculture, l’essor du tourisme et la création d’une nouvelle biodiversité aquatique.
Le scientifique insiste sur le fait qu’il s’agit d’une solution complémentaire, et non d’un substitut à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
« Nous devons évaluer rigoureusement les bénéfices et les inconvénients, et ne pas nous fier à des hypothèses. »
Amir AghaKouchak, Université de Californie, Irvine
D’autres dépressions sont également à l’étude, notamment la mer Morte et la dépression de Danakil en Éthiopie. Cependant, tous ces projets nécessiteraient des accords géopolitiques complexes et des analyses environnementales approfondies.
AghaKouchak souligne que ces initiatives ne sont pas des solutions miracles, mais des contributions potentielles, même marginales, qui méritent d’être explorées. « Notre travail consiste à fournir des preuves solides, afin que les gouvernements et les communautés puissent prendre des décisions éclairées », conclut-il.

