Voyager enceinte est possible, mais nécessite une préparation minutieuse et l’avis d’un professionnel de santé. Des précautions spécifiques concernant le choix de la destination, le moyen de transport et l’assurance voyage sont à prendre en compte pour assurer une grossesse sereine et un voyage en toute sécurité.
La première étape pour toute future maman désireuse de s’évader est une consultation avec son gynécologue. « Il ou elle vous indiquera ce que vous pouvez et ne pouvez pas faire, en fonction de votre situation personnelle », explique le Dr María de la Calle, chef de la section d’obstétrique médicale à l’hôpital de La Paz et professeure à la Faculté de médecine de l’Université autonome de Madrid. Les facteurs à considérer incluent une grossesse gémellaire, une conception médicalement assistée, des antécédents de fausse couche ou des saignements antérieurs.
Le Dr de la Calle souligne l’importance d’évaluer la longueur du col de l’utérus. Un col de plus de 25 millimètres offre une marge de sécurité, tandis qu’une longueur inférieure augmente le risque d’accouchement prématuré. Une patiente de la Dr de la Calle, en instance de grossesse, a reçu un avis défavorable après cette évaluation et a accouché quatre jours plus tard.
Le deuxième trimestre de la grossesse (entre la 14e et la 30e semaine) est généralement considéré comme la période la plus propice aux voyages. Les risques de saignement ou de fausse couche sont réduits et la grossesse n’est pas encore trop avancée. Au troisième trimestre, la prudence est de mise en raison de la distension de l’utérus, des contractions potentielles et d’un risque accru de rupture des eaux.
Contrairement à une idée reçue, l’avion ne présente pas de danger particulier pour les femmes enceintes. « Le sac amniotique ne se rompra pas », assure le Dr de la Calle. Le principal risque réside dans l’immobilité prolongée, notamment lors des vols long-courriers, qui peut favoriser la formation de caillots sanguins. Il est donc recommandé de se lever et de marcher régulièrement, voire de porter des bas de contention ou de prendre de l’héparine sur prescription médicale.
Les mêmes recommandations s’appliquent aux voyages en train ou en voiture : bouger régulièrement pour stimuler la circulation sanguine. Le Dr de la Calle conseille également d’éviter les routes accidentées.
María José Muñoz, auteure du blog Voyages de Pepa, partage son expérience : « Je suis allée voir mon gynécologue avec une longue liste de questions ». Sa grossesse se déroulait sans complications et elle a pu voyager sereinement au cours de son deuxième trimestre. Les compagnies aériennes demandent généralement un certificat médical à partir de la 28e semaine de grossesse et interdisent le vol après la 35e ou 36e semaine (voire plus tôt en cas de grossesse gémellaire). Il est essentiel de vérifier les règles spécifiques de chaque compagnie avant de réserver.
Une assurance voyage spécifique pour les femmes enceintes est fortement recommandée. Elle couvre les frais médicaux et l’hospitalisation en cas de complications (fausse couche, accouchement prématuré) et peut inclure le rapatriement médical. Certaines polices couvrent également l’annulation du voyage pour des raisons médicales liées à la grossesse. Il est important de comparer les différentes offres et de vérifier la limite de gestation couverte.
Le choix de la destination est également crucial. « Si vous n’avez jamais visité l’Afrique, ce n’est pas le moment de le faire enceinte ! », insiste Muñoz. Il est préférable de privilégier les pays disposant de soins de santé adéquats. Commencer par des destinations proches, comme dans le cadre d’un tourisme local, peut aider à dissiper les appréhensions.
En matière de vaccinations, il est impératif de consulter son médecin pour connaître les risques infectieux de la destination et les vaccins nécessaires. Certains vaccins, comme celui contre la fièvre jaune, sont contre-indiqués pendant la grossesse. L’hydroxychloroquine, utilisée en prévention du paludisme, doit être prescrite avec prudence. Le paludisme, ainsi que les virus Zika, dengue et chikungunya (transmis par les moustiques et pouvant entraîner des malformations cérébrales chez le fœtus), représentent des dangers particuliers. Dans les zones à risque, il est conseillé de porter des vêtements couvrants et d’utiliser un répulsif contenant du DEET (diéthyltoluamide).
L’activité physique reste possible, mais avec modération. « La marche est une excellente activité, surtout en pleine nature », souligne le Dr de la Calle, tout en déconseillant les activités à risque. Il est essentiel d’écouter son corps, de rester hydraté, de porter des chaussures confortables et de s’arrêter en cas de fatigue ou de contractions.
« La grossesse n’est pas une maladie, mais votre corps n’est plus le même », rappelle le Dr de la Calle. La capacité respiratoire diminue, le risque d’hypotension augmente et la température corporelle doit être surveillée pour éviter un coup de chaleur. Il est également important de se protéger du soleil, de boire de l’eau en bouteille, d’éviter les charcuteries crues et les aliments crus mal lavés pour prévenir la toxoplasmose.
