Publié le 15 décembre 2023. La petite commune belge de Baarle-Hertog voit affluer des acheteurs néerlandais attirés par la vente de feux d’artifice, interdits de vente dans leur pays voisin, suscitant des inquiétudes quant à la sécurité et aux nuisances.
- Des Néerlandais se rendent en masse à Baarle-Hertog pour acheter des feux d’artifice, profitant de la législation plus souple en Belgique.
- Les habitants de Baarle-Hertog se plaignent des nuisances liées à cet afflux (incivilités, dégradations) et des risques liés au transport de grandes quantités de feux d’artifice.
- Un futur interdit généralisé des feux d’artifice aux Pays-Bas ne devrait pas, selon les riverains, réduire cet exode vers la Belgique.
Depuis l’été dernier, Baarle-Hertog, une commune à la frontière néerlandaise, est devenue une destination prisée pour les acheteurs de feux d’artifice. Natasja van Steenbrugge, une habitante, témoigne :
« Ils viennent de partout, d’Haarlem, mais aussi de Drenthe et d’Overijssel. Ils savent tous trouver Baarle-Hertog pour acheter des feux d’artifice, car ils y sont vendus, alors que c’est interdit aux Pays-Bas. »
Natasja van Steenbrugge, habitante de Baarle-Hertog
Les feux d’artifice proposés sont également interdits à la vente aux Pays-Bas.
Les files d’attente devant les magasins sont fréquentes, et les comportements inciviques se multiplient. « Les gens attendent en rangs serrés avant de pouvoir entrer dans les magasins », explique Natasja van Steenbrugge. « Des personnes urinent sur les trottoirs et contre les façades des maisons, laissant des déchets derrière elles. » Les acheteurs repartent avec de grandes quantités de produits : « On leur donne tout en cartons. Et ce n’est pas juste un kilo, ils emportent beaucoup plus. »
Les préoccupations de Mme van Steenbrugge portent principalement sur la sécurité, tant la sienne que celle de ses concitoyens, ainsi que sur les conditions d’approvisionnement des magasins de feux d’artifice. Elle s’inquiète notamment des livraisons : « Officiellement, les camionnettes qui approvisionnent le magasin doivent aller directement du dépôt au magasin, sans s’arrêter en chemin. Mais on voit des voitures garées ici, et on se demande si le déchargement se fait dans le respect des règles de sécurité. »
Contactés par téléphone et visités sur place, les vendeurs de feux d’artifice de Baarle-Hertog ont refusé de commenter la situation. Ils affirment toutefois que les nuisances sont limitées et que leurs stocks sont moins importants que ceux des entrepôts néerlandais.
Baarle-Hertog est une commune belge particulière, formant avec la commune néerlandaise de Baarle-Nassau un ensemble unique. Selon l’office de tourisme du Brabant, il s’agit du village le plus singulier du monde, un véritable patchwork où 30 enclaves belges et néerlandaises s’entremêlent. La frontière y est tracée de manière sinueuse à travers les routes, les jardins et les maisons, une situation qui remonte au XIIe siècle, à un conflit entre un comte de Hollande et un duc de Brabant. C’est le seul endroit au monde où cette division territoriale médiévale est encore en vigueur, permettant ainsi à cinq magasins de feux d’artifice situés dans un rayon de 400 mètres sur le territoire belge de vendre à une clientèle majoritairement néerlandaise.
Natasja van Steenbrugge estime que le nombre de Néerlandais venant acheter des feux d’artifice en Belgique a considérablement augmenté ces dernières années.
« Les gens économisent pour ça, et on les voit repartir avec de très grosses quantités. Puis ils font le plein d’essence et installent les enfants sur la banquette arrière. Ce sont de véritables bombes roulantes qui quittent le village. »
Natasja van Steenbrugge, habitante de Baarle-Hertog
Avec l’entrée en vigueur d’un interdit généralisé des feux d’artifice aux Pays-Bas l’année prochaine, Mme van Steenbrugge ne pense pas que l’afflux de Néerlandais vers Baarle-Hertog diminuera.
« Ce qui est interdit est toujours plus attrayant. Et tout le monde participe volontairement, car la vente est autorisée en Belgique. »
Natasja van Steenbrugge, habitante de Baarle-Hertog
Elle doute également que les Néerlandais respectent l’interdiction tant que les feux d’artifice resteront facilement accessibles de l’autre côté de la frontière.
« Il faudrait vraiment une douane à la frontière qui contrôle tout le monde, comme en Allemagne. Et que toutes les voitures soient vérifiées. C’est là qu’on pourrait obtenir des résultats, mais pas autrement. »
Natasja van Steenbrugge, habitante de Baarle-Hertog
Mme van Steenbrugge plaide pour une réglementation européenne :
« Il faudrait un accord unique au niveau européen et que cet accord soit appliqué. »
Natasja van Steenbrugge, habitante de Baarle-Hertog


