Les attaques contre la BBC se multiplient, de Donald Trump à Nigel Farage, révélant une offensive plus large visant à déstabiliser les médias publics en Occident. Au-delà des polémiques ponctuelles, cette campagne vise à remettre en question leur financement et leur indépendance, fragilisant ainsi les fondements de la démocratie.
L’incident récent impliquant une erreur de montage dans un programme de la BBC a servi de prétexte à une nouvelle attaque de Donald Trump, mais a surtout profité à son allié, Nigel Farage. Ce dernier, fervent défenseur du Brexit, critique régulièrement les médias publics britanniques pour avoir dénoncé ses déclarations inexactes. Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison Blanche, a qualifié la BBC de « machine de propagande de gauche avec 100 % de fausses nouvelles ».
Cette rhétorique s’inscrit dans une stratégie plus vaste visant à réduire le financement des médias publics, afin d’en affaiblir l’audience, la qualité et l’influence. L’objectif est clair : remettre en question leur rôle essentiel dans une société démocratique.
La France n’est pas épargnée par cette tendance. Il y a deux ans, le président Emmanuel Macron a supprimé la taxe qui finançait les radios et télévisions publiques (138 euros par an), remplaçant ce financement par des crédits budgétaires directs. La Cour des comptes a récemment souligné une « forte dégradation » de la situation financière de France Télévisions, malgré un budget de 2,506 milliards d’euros, et préconise des réductions budgétaires d’environ 70 millions d’euros l’année prochaine. Des figures conservatrices, comme la ministre de la Culture Rachida Dati, considèrent ces dépenses comme du gaspillage et réclament un contrôle accru de l’État, notamment sur les journalistes d’investigation. Le magnat des médias Vincent Bolloré, propriétaire de la chaîne CNews (équivalent de Fox News aux États-Unis), exerce une influence croissante dans le paysage médiatique français.
En Allemagne, la redevance de 18,36 euros par mois (soit plus de 8,6 milliards d’euros par an pour l’ensemble des foyers) reste un sujet de débat, mais la Cour constitutionnelle a réaffirmé l’importance des médias publics pour la liberté d’expression et la démocratie. Malgré les critiques de l’extrême droite, le système de financement est pour l’instant maintenu.
Le défi majeur réside dans la nécessité de démontrer la valeur d’une information de qualité, qui nécessite des ressources financières et une indépendance journalistique. Les médias publics, où les licenciements ne sont pas systématiquement liés aux opinions exprimées, offrent un cadre plus favorable à cette indépendance. La BBC, qui fête ses 103 ans et dont la devise est « informer, éduquer et divertir », doit servir de modèle. Les attaques dont elle fait l’objet ne font que renforcer la conviction que la défense des médias publics indépendants est indissociable de la défense de la démocratie.
« Soit vous me parlez bien, soit vous êtes mon ennemi », cette formule résume l’approche de Donald Trump et illustre la menace qui pèse sur le journalisme indépendant.
