Face à une crise migratoire persistante, l’extrême droite britannique explore des solutions controversées pour éloigner les demandeurs d’asile de son territoire. Après l’échec retentissant du plan d’externalisation vers le Rwanda, le parti Reform UK envisage désormais d’utiliser des territoires d’outre-mer, comme Gibraltar et les îles Falkland, pour accueillir les migrants.
L’idée, portée par la députée Sarah Pochin, consiste à transformer ces colonies en centres d’accueil, une stratégie qui rappelle l’histoire coloniale britannique et la création de la colonie pénitentiaire de Nouvelle-Galles du Sud en 1788. « Je n’exclurai aucune politique possible », a déclaré Pochin, laissant entendre que Gibraltar et les îles Falkland pourraient servir de « solution » pour les migrants traversant la Manche.
Cette proposition s’inscrit dans un contexte de durcissement des positions sur l’immigration, notamment avec le projet de Nigel Farage d’expulser 600 000 personnes du Royaume-Uni en cinq ans. Elle a suscité l’indignation de l’opposition, notamment du parti travailliste, qui dénonce une approche « profondément inquiétante et irréaliste ». Luke Charters, du bloc travailliste, a critiqué l’idée d’utiliser Gibraltar, une colonie annexée à l’Andalousie, comme lieu de détention.
Le gouvernement de Gibraltar, dirigé par Fabián Picardo, s’est fermement opposé à cette initiative, soulignant l’autonomie de la colonie en matière d’immigration et la nécessité d’une approbation de l’Exécutif local. Le Rocher, densément peuplé et confronté à des contraintes spatiales, est considéré comme un lieu inadapté à l’accueil de centres d’immigration. De plus, Gibraltar applique l’une des politiques d’immigration les plus strictes de la Méditerranée, considérant l’immigration illégale comme un crime passible d’arrestation et d’expulsion.
Cette nouvelle proposition intervient après l’abandon du « Plan Rwanda », une politique controversée visant à transférer les demandeurs d’asile vers le Rwanda pour y être traités. Mis en place sous les gouvernements successifs de Boris Johnson, Liz Truss et Rishi Sunak, ce plan a été invalidé par la Cour suprême britannique en novembre 2023, qui a estimé qu’il existait un « risque réel » que les personnes envoyées au Rwanda soient renvoyées dans leur pays d’origine et soumises à des persécutions. Le projet, estimé à 700 millions de livres sterling (plus de 800 millions d’euros), n’a permis de relocaliser que quatre migrants.
À ce stade, l’extrême droite britannique cherche donc de nouvelles solutions pour externaliser la gestion des demandes d’asile, en se tournant vers ses propres territoires, situés à proximité des côtes européennes. Gibraltar, à seulement 14 kilomètres de la côte africaine, est particulièrement visé, alors que des centaines de migrants arrivent chaque année en Espagne par bateau depuis le Maroc et l’Algérie.
Par ailleurs, Reform UK critique l’utilisation d’hôtels par le gouvernement travailliste de Keir Starmer pour héberger les demandeurs d’asile, une pratique déjà courante en Espagne. La députée Pochin propose de transformer ces hôtels en centres de détention et de traitement, avant de procéder au rapatriement des migrants.
